Rétro Coupe du monde : sans tombola, pas de Coupe du monde pour les Brésiliens (1938)

A J-29 du coup d’envoi de la Coupe du monde 2022, Top Mercato inaugure une nouvelle chronique. Celle-ci vous fera vivre ou revivre chaque jour jusqu’au coup d’envoi du tournoi, un moment inoubliable de la compétition parfois tombé dans l’oubli. Premier volet ce samedi avec le Brésil et l’édition 1938.

Leonidas, Brésil

Quand on pense à la Coupe du monde, difficile de trouver une équipe qui puisse mieux représenter l’évènement que le Brésil. Cette nation est la plus couronnée de l’histoire de la compétition avec 5 titres à son actif et, à cet égard, elle boxe dans une autre catégorie en termes de gloire internationale. Aucune autre équipe n’a réussi à gagner autant de fois ce trophée. Seules deux autres nations se rapprochent de cet exploit avec 4 titres chacune. Il s’agit de l’Allemagne et de l’Italie. Il va sans dire que le Brésil a nettement marqué l’histoire de cette compétition.

Vous le savez pourtant, le Brésil n’a pas toujours compté parmi les nations les plus riches au monde. Le pays a même dû faire face à un grand nombre de crises politiques, économiques et sociales au cours de son histoire. Ces troubles étaient nettement perceptibles à l’aube de la Coupe du monde de 1938 alors que le Brésil subissait de sérieux problèmes liés aux pouvoirs en place. Entre 1930 et 1945 en effet, le pays était dirigé par un certain Getulio Vargas à la tête d’un mouvement révolutionnaire qui le mena au pouvoir par un coup d’État.

En conséquence, le service public était presque inaccessible pour diverses parties de la société brésilienne. Et c’est de là, que débute la petite histoire. Étonnamment au Brésil, le football n’a été reconnu comme sport professionnel, qu’un an avant le Mondial de 1938. Donc comme vous pouvez l’imaginer, l’équipe nationale ne bénéficiait pas d’un budget illimité pour soutenir ses espoirs de succès en Coupe du monde.

Elle avait donc rapidement besoin de financements, et c'est à partir de là qu'est née la légende de la tombola qui les aida à atteindre la Coupe du monde en 1938.

L'histoire de 1938 dans ses grandes lignes

Quel est le rapport entre une tombola, l’équipe nationale brésilienne de football et la Coupe du monde de 1938 ? Pour le comprendre, il nous faut creuser davantage le pourquoi du comment. Avant toute chose, le Brésil a dû énormément lutter pour obtenir un financement suffisant à l’aube de ce sommet. Avec une professionnalisation tardive en 1937, le football brésilien n’avait pas encore eu le temps de prendre une ampleur suffisante pour susciter suffisamment d’intérêts sur le plan financier. En bref, sans les fonds suffisants, le voyage des brésiliens vers l’Europe était compromis.

Pour rappel, le Mondial de 1938 allait se tenir en France et à cette époque, faire le voyage depuis le Brésil n’était ni abordable ni aisé. Face à la menace de ne pas pouvoir participer à cet évènement, l’équipe brésilienne fut contrainte de donner de la voix pour mobiliser les grandes entreprises. Bien qu’aucune liste d'entreprises participantes n’ait été rendue public, nous savons que cet effort n’était pas l’affaire d’une seule. À ce jour, c'est uniquement la « Banco do Brazil » (la Banque Nationale du Brésil), qui est reconnue pour avoir contribué à cette opération. Son soutien assura au projet une promotion suffisante à travers tout le pays pour commencer la collecte des fonds. Ainsi, un grand nombre d'entreprises sont passées à l'action en organisant des tombolas pour financer la participation de l’équipe nationale. Chaque particulier avait alors la possibilité d’acheter plusieurs timbres sur ces tickets de tombola, au prix unitaire de 500 reais. Aucun lot n’était disponible, mais l’accroche marketing consistait à faire de chaque acheteur un « investisseur patriotique ». La légende rapporte que grâce à cette stratégie, plus de 100 000 timbres ont été vendus en seulement quelques jours. Mais ce n’est pas tout !

Ce que l’on sait de cette histoire

Vous avez désormais une idée du contexte dans lequel évoluait le Brésil à cette époque, et vous connaissez également les raisons qui l'ont conduit à organiser une vente de tickets de tombola. Curieusement, cette initiative continue d’exister au Brésil pour soutenir diverses projets. Depuis plus de 80 ans déjà, cette pratique bénéficie de l’approbation de nombreux Brésiliens.

Alors que dire de plus à propos du financement du voyage du Brésil au Mondial de 1938 ? Voici pour vous quelques détails supplémentaires.

Le financement était principalement assuré par les plus riches

À moins d’avoir vécu au Brésil ou d’y avoir été à un moment donné, il sera probablement difficile pour vous d’évaluer la valeur réelle de 500 reais. La monnaie nationale du Brésil, le « Real », est assez différente de la livre sterling ou de l’euro. Mais pour vous donner un ordre d’idée, 500 reais équivaut approximativement à 96 euros – une somme qui ne s’apparente pas vraiment à de la menue monnaie. Gardez à l’esprit que ce chiffre ne tient pas compte de l’inflation et qu'encore aujourd'hui, 500 reais est loin d'être une somme modique pour la majeure partie du peuple brésilien. De surcroît, cette somme avait bien plus de valeur dans les années 30. Si bien que seul les plus riches étaient en mesure de contribuer à ce financement. En tout état de cause, cette collecte a permis de cibler les bonnes personnes puisque quelques jours auront suffi pour vendre plus de 100 000 timbres.

Tous les fonds collectés ont servi au voyage

L’idée principale de cette tombola était de permettre à l’équipe nationale du Brésil de se rendre au Mondial de 1938 en France. Bien entendu, tout l’argent collecté n’a pas été alloué au trajet puisqu’il s’agissait également de couvrir tous les frais engagés une fois sur place. Ainsi l’hébergement, la restauration et toutes les autres dépenses supplémentaires devaient être couvertes par les fonds issus de la tombola. Dans tous les cas, ces efforts de collecte de fonds n'auront pas été vains puisque l’intégralité de l’argent a servi à la campagne du Mondial – principalement au déplacement, puisqu’il s’agissait là du plus gros pôle de dépense.

Pour vous donner une idée, la Seleção ne pouvait pas simplement sauter dans un avion et se rendre en France en quelques heures. Il lui a fallu rejoindre l’hexagone en naviguant par bateau et à cette époque, ce moyen de locomotion était encore incroyablement cher.

Le manque de fonds n’était pas l’unique problème

Bien sûr, cette histoire légendaire a vu le jour par nécessité. Et dans une certaine mesure, elle prouve ô combien la Coupe du monde est importante pour le peuple brésilien. Mais comme toute belle histoire, celle-ci possède une part d’ombre qui a considérablement impacté les joueurs en lice pour ce Mondial. Vous souvenez-vous de notre propos concernant la professionnalisation tardive du football brésilien ? Et bien sachez que cette officialisation était montée à la tête de beaucoup de joueurs en lice pour représenter le pays.

À l’évidence, il fût déjà très compliqué de lever les fonds nécessaires pour permettre au Brésil de participer à la Coupe du monde de 1938. Mais étonnamment, les problèmes financiers ne s’arrêtaient pas là. Le nouveau directeur de la CBF (Confédération brésilienne de football) s’était chargé de mettre en place dix commandements pour les joueurs qui devaient faire le déplacement en France pour représenter le Brésil. Ces commandements permettaient de mettre en exergue diverses conditions mais la plus importante concernait leur rémunération.

Après tout, puisque le football était enfin reconnu comme une profession, les joueurs s’attendaient à être payés. Et ces derniers n’ont pas vraiment apprécié les conditions financières qui leur ont été présentées. En effet, après avoir reçu les dix commandements, ils ont répondu en signant collectivement une série de propositions financières. Ils voulaient 25 000 reais par jours à compter de leur départ du port. L’équipe exigeait en outre un minimum global d’1.5 millions de reais par mois et tout autant pour chaque joueur avec un bonus de 500 000 reais en cas de victoire. Au final, ces conditions ont été remplies, mais compte tenu de tous les efforts déployés en première instance pour assurer leur participation au Mondial, les joueurs furent la cible de nombreuses critiques.

Quelle fut l’importance de cette mobilisation pour le Brésil lors de la Coupe du monde de 1938 ?

Après avoir évoqué tous les aspects majeurs de cette histoire, il nous faut encore tirer une conclusion. C’est un fait, une tombola été organisée, et oui, elle a bel et bien permis de financer le voyage du Brésil pour la Coupe du monde de 1938. Mais le point sur lequel nous souhaitions clore ce chapitre concerne l’importance de ces efforts financiers. Sans eux, nous pouvons légitimement affirmer que le Brésil n'aurait pas pu participer au Mondial de 1938. Outre le fait que les Brésiliens aient réussi à se rendre en France, leur qualification pour les demi-finales reste une prouesse impressionnante. La Seleção est passée du statut d’équipe incertaine pour la compétition à celui d’une équipe qui constitua un réel candidat pour le titre. Les éditions suivantes de 1942 et de 1946 n’ont évidemment pas été disputées à cause de la Seconde guerre mondiale, et il aura fallu attendre l'année 1950 pour voir le Brésil, sur la dernière marche, aux portes de la gloire.

Cette fois, l'équipe nationale n'avait connu aucune difficulté pour participer à cette édition d'après guerre puisqu'elle se tenait chez elle, au Brésil ! Au terme d'un parcours brillant, ils échouèrent en finale (1-2) face à l'Uruguay. Cette ascension fut tout de même chaudement saluée, non sans un certain sentiment d'ironie.

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