Rétro Coupe du monde : Angleterre–RFA, le ballon a-t-il franchi la ligne ? (1966)

Dans la liste des moments inoubliables de l’histoire de la Coupe du monde, l’édition de 1966 a très certainement sa place dans le top 10. C’était l’année d’une finale de légende entre l’Angleterre de Bobby Moore et l'Allemagne de Franz Beckenbauer.

Angleterre-RFA, 1966, Hurst-Tilkowski

Pour les Anglais, c’est un souvenir de gloire incontestable. Le seul et unique sacre des Three Lions sur le toit du monde, l’apogée du foot au pays du foot. Depuis cette date, l’Angleterre n’a plus jamais atteint une seule finale de Coupe du monde et cet exploit éleva la sélection de cette édition au rang de légende.

Pour les Allemands en revanche, c’est une finale cauchemardesque, un « vol » que seul le temps aura permis de digérer.

En effet, cet évènement est encore aujourd’hui l’un des plus controversés de l’histoire du sport et deux points sensibles refont régulièrement surface dans les nombreux récits qui s’y rapportent : celui qui concernait le rôle du juge de touche soviétique pour valider le 3ème but des anglais, ainsi que le fameux commentaire du présentateur Kenneth Wolstenholme, lâché quelques instants avant le coup de grâce.

Pour mieux comprendre cette histoire devenue légendaire, nous vous proposons un passage en revue détaillé de ces moments clés.

Tofiq Bakhramov – Le juge de touche soviétique

Avant d’entrer dans le vif du sujet, il nous faut identifier l’homme qui fut longuement pointé du doigt après le sacre des Three Lions. Né en 1925 en URSS, Tofiq Bakhramov était un arbitre soviétique devenu célèbre pour son rôle d’arbitre de touche lors de la finale du Mondial de 1966 opposant l’Angleterre à la RFA à Wembley.

En règle générale, son rôle était de détecter les hors-jeu, les sorties de balle, et les corners. Plus exceptionnellement, et ce fut le cas pour cette finale, il était toujours possible de le consulter en cas de doute pour savoir si la balle avait franchi la ligne de but.

Dans ce cas très précis, l’Angleterre et la RFA, au coude à coude (2-2), entrèrent dans l’une des phases de prolongation les plus litigieuses de l’histoire du foot. À cette époque, il n’y avait évidemment pas la « goal-line technology » et la tension était à son comble puisqu’aucun règlement ne prévoyait une séance de tirs au but pour clore les débats. En cas d’égalité à l’issue de ces prolongations, les deux équipes devaient rejouer le match 3 jours plus tard.

Les Anglais allaient toutefois en décider autrement et passèrent à l’action après seulement 11 minutes de prolongation. À l’entrée de la surface de réparation, l’attaquant Geoff Hurst déclencha une frappe puissante qui s’écrasa sur la barre transversale de Tilkowski avant de rebondir sur la ligne de but et d’être dégagée par un défenseur. Les joueurs se tournèrent vers l’arbitre central Gottfried Dienst dans l’attente d’une décision. Ne pouvant siffler but avec certitude, l’homme couru jusqu’à Bakhramow pour l'aider à trancher, et ce dernier affirma sans hésitation avoir vu la balle franchir entièrement la ligne. Aussitôt donc, Dienst siffla pour accorder le but aux Three Lions.

Les supporters allemands crièrent au scandale. Personne ne semblait pouvoir valider ce but avec certitude, à part cet arbitre soviétique qui fut très vite accusé d’avoir manqué d’impartialité. Alors qu’aucun moyen technique ne permettait de mettre un terme au débat, beaucoup d’observateurs estimèrent qu’en cas de doute, il aurait été plus juste de ne rien siffler. En tout état de cause, les Anglais prirent l’avantage mais la controverse n’allait pas prendre fin.

“Il y a des gens sur le terrain” – Kenneth Wolstenholme

Si le 3ème but fut l’objet de débats houleux, la 4ème et dernière réalisation des Three Lions avant le coup de sifflet final, allait encore mettre de l’huile sur le feu. Pour comprendre cette anecdote, il faut revenir sur les mots du commentateur de cette finale.

Le 30 juillet 1966, la finale Angleterre–RFA était regardée par plus de 30 millions de téléspectateurs, et Kenneth Wolstenholme était au micro pour la BBC. Ce dernier ne le savait pas encore, mais à quelques secondes de la fin du match, ses quelques mots allaient devenir les plus populaires de l’histoire du sport, du moins au Royaume-Uni.

Alors que les Allemands pressaient à la recherche d’une solution pour égaliser, ils perdirent la balle et les Anglais la dégagèrent pour écarter le danger. Bobby Moore trouva Geoff Hurst sur une passe longue vers l’avant et, comme les Allemands venaient de presser très haut, ce dernier n’eut aucune difficulté à filer droit au but. Mais avant même qu’il ne frappe, des spectateurs se ruèrent sur le terrain, pensant que le match était déjà terminé.

« Et voici Hurst ! Il a… Il y a des gens sur le terrain ! Ils pensent que c’est terminé ! ».

Dans la confusion, Wolstenholme décrivait l’une des situations les plus insolites de l’histoire de la Coupe du monde.

« Cette fois ça y est ! » s’écria-t-il après le coup de grâce porté par Hurst.

Là encore, le but de Hurst fut accordé quelques secondes avant le coup de sifflet final, alors même qu’il aurait dû être annulé en raison de la présence de spectateurs sur le terrain pendant l’action de jeu. Mais la joie des Anglais était si immense qu’à ce moment-là, aucune contestation ne pouvait venir gâcher la fête.

Angleterre – RFA – Le résumé du match

Assez logiquement, ces anecdotes concernant l’arbitre de touche et le commentaire de Wolstenholme sont indissociables de cette finale de 1966. Toujours est-il que ces deux nations ont offert au monde un spectacle fantastique qui mérite amplement un résumé.

Pour rappel, le match s’est tenu au mythique stade Wembley de Londres, le 30 juillet 1966. Même si la RFA était favorite face à l’Angleterre, les Three Lions avaient réalisé un parcours extraordinaire sur leurs terres pour se hisser jusqu’à la première finale de leur histoire.

Les Allemands prirent l’avantage après seulement 12 minutes de jeu grâce à une réalisation d’Helmut Haller. Sonnés précocement, les Anglais gardèrent la tête froide pour revenir au score seulement 6 minutes plus tard. Bobby Moore profita d’un coup franc pour centrer loin dans la surface et trouver Geoff Hurst qui repris le ballon de la tête pour inscrire le but de l’égalisation. Le score d’un but partout allait ensuite rester en l'état jusqu’au dernier quart d’heure.

À la 78ème minute de jeu, Martin Peters parvint à reprendre une passe d'Alan Ball contrée dans la surface allemande pour enclencher une frappe à ras de terre et donner l’avantage. À seulement 10 minutes de la fin du temps règlementaire, les supporters extatiques pensèrent que le match était plié, mais les Allemands avaient encore d’autres projets.

Pressés devant leur cage, les défenseurs anglais débordés laissèrent s’échapper un ballon repris par Wolfgang Weber dans sa course pour assommer les Three Lions à seulement une minute du coup de sifflet final. À égalité à la fin du temps réglementaire, il fallut poursuivre le match en prolongations, une première historique en finale de Coupe du monde.

Prolongation – Ils pensent que c’est terminé, cette fois ça y est !

Les nerfs et la fatigue commençaient à se faire sentir après 90 minutes d’émotions intenses à Wembley. Toutefois, les Anglais semblaient légèrement plus frais et plus motivés pour prendre l’ascendant sur la RFA durant ces prolongations.

Les Three Lions pressèrent très haut et après seulement 5 minutes de jeu, Bobby Charlton trouva le montant de la cage allemande. À la 11ème minute ensuite, ils prirent sans appel l’avantage grâce à l’approbation de l’homme qui allait devenir plus tard, le plus célèbre des arbitres de touche.

Les Allemands, menés au score, furent contraints de presser de plus en plus haut afin de revenir au score, mais les Anglais profitèrent de ce positionnement pour trouver Hurst dans le dos de la défense. Ce dernier parvint alors à porter le coup de grâce quelques instants avant l’ultime coup de sifflet.

Le ballon a-t-il vraiment franchi la ligne ?

Le point sensible de cette finale concernait évidemment le 3ème but des Anglais. La décision des deux arbitres avait permis de trancher sur le vif mais sans jamais mettre fin au débat. Le ballon avait-il franchi la ligne ? Pouvait-on raisonnablement penser que oui ? Ou s’agissait-il uniquement d’un traitement de faveur ?

Il aura fallu des décennies pour connaître la réponse officielle. La technologie aura enfin permis d’affirmer avec certitude qu’uniquement 97% du ballon avait franchi la ligne, ce qui signifie que le but n’aurait jamais dû être accordé !

À l’œil nu pourtant, aucun homme n’aurait été capable de percevoir cet écart de 3%. Dès lors, il nous semble approprié de pardonner Bakhramov de cette erreur de jugement. En tout état de cause ce qui est fait n’est plus à faire, et l’Angleterre a conservé son avantage avec brio pour aller chercher cette Coupe du monde de 1966.

Pour les avis farouchement opposés à cette décision d’arbitrage en revanche, il sera encore possible de débattre sur un certain match des huitième de finale opposant l’Angleterre à l’Allemagne (1-4) lors de la Coupe du monde 2010. Là encore, sans la VAR. Frank Lampard avait lui aussi trouvé le dessous de la barre transversale, et bien que la balle ait largement franchi la ligne, son but n’a jamais été accordé. Cela aurait-il eu une conséquence sur le résultat final ? Qui sait… On dit toujours que l’histoire se répète !

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