Mohamed Salah mieux payé à Trabzonspor que 99% des joueurs de L1 : comment les clubs turcs parviennent à offrir des salaires aussi élevés
La signature imminente de Mohamed Salah à Trabzonspor ne fait pas seulement parler pour sa dimension sportive. Son futur salaire, estimé à 17 millions d’euros par an selon plusieurs médias turcs, interpelle également.
À titre de comparaison, si Salah avait signé en Ligue 1 avec de tels émoluments, il aurait été le deuxième joueur le mieux payé du championnat de France, devancé seulement par le Ballon d’Or 2025 Ousmane Dembélé, et son salaire annuel estimé à 18,2 millions d’euros brut au PSG.
Autant dire que personne en L1 à part le PSG n’est capable d’offrir de telles conditions, pas très loin de ses standards à Liverpool (24 M€). Le constat aurait été le même en Serie A où seul Lautaro Martinez (Inter) se détache avec 20 M€ brut annuels, tandis qu’en Bundesliga, personne à part le Bayern ne grimpe aussi haut.
Le top 10 des salaires en Turquie est comparable à celui de la Ligue 1
Champion de Turquie 2022 et 3e du dernier exercice, Trabzonspor, lui, l’a fait. Même s’il a fait parler de lui en recrutant André Onana, le club d’Anatolie est pourtant loin d’être considéré comme une puissance financière ou sportive majeure en Europe. Dès lors, une question se pose : comment un club de cette envergure est-il capable d’offrir un tel salaire ?
Premièrement, il faut noter que Trabzonspor n’est pas une exception et que le constat peut s’étendre à l’ensemble des locomotives du football turc, où Victor Osimhen est le joueur mieux payé avec 18,75 M€ annuels à Galatasaray, tandis que Fenerbahçe place 6 joueurs dans le top 10 des salaires les plus élevés de Süper Lig, qui rivalise largement avec celui de Ligue 1.
Comparatif entre les 10 joueurs les mieux payés en Ligue 1 et en Turquie
| Position | Joueur de Ligue 1 | Salaire fixe brut annuel | Joueur de Turquie | Salaire fixe brut annuel |
|---|---|---|---|---|
| 1 | Ousmane Dembélé (PSG) | 18,18 M€ | Victor Osimhen (Galatasaray) | 18,75 M€ |
| 2 | Khvicha Kvaratskhelia (PSG) | 16,36 M€ | Mohamed Salah (Trabzonspor) | 17 M€ |
| 3 | Achraf Hakimi (PSG) | 13,64 M€ | Ederson (Fenerbahçe) | 13,75 M€ |
| 4 | Marquinhos (PSG) | 13,45 M€ | N’Golo Kanté (Fenerbahçe) | 13,75 M€ |
| 5 | Lucas Hernández (PSG) | 13,27 M€ | Leroy Sané (Galatasaray) | 11,25 M€ |
| 6 | Vitinha (PSG) | 11,82 M€ | Mason Greenwood (Fenerbahçe) | 10 M€ |
| 7 | Warren Zaïre-Emery (PSG) | 11,45 M€ | Milan Škriniar (Fenerbahçe) | 10 M€ |
| 8 | Nuno Mendes (PSG) | 10,91 M€ | Marco Asensio (Fenerbahçe) | 10 M€ |
| 9 | Willian Pacho (PSG) | 9,09 M€ | Talisca (Fenerbahçe) | 9,38 M€ |
| 10 | João Neves (PSG) | 9,09 M€ | Leandro Trossard (Besiktas) | 8,13 M€ |
En réalité, l’explication des salaires élevés en Turquie tient autant à un cadre fiscal avantageux qu’à une prise de risque financière.
Les avantages fiscaux de la Süper Lig
Côté fiscal, une différence majeure explique l’écart avec la Ligue 1 : en Turquie, les négociations se font généralement en salaire net. Les clubs prennent à leur charge l’impôt dû par le joueur, ce qui rend leurs offres contractuelles particulièrement attractives.
Surtout, la fiscalité reste beaucoup plus favorable qu’en Europe occidentale. Depuis plus de vingt ans, les clubs turcs bénéficient d’un régime fiscal spécifique appliqué aux sportifs professionnels, avec un taux d’imposition largement inférieur à celui observé en France, en Angleterre ou en Espagne.
Là où les prélèvements peuvent dépasser 45 à 50 % dans les principaux championnats européens, ils tournent autour de 15 à 20 % en Turquie selon les situations. En conséquence, verser un salaire net élevé coûte nettement moins cher aux clubs turcs qu’à leurs homologues des grands championnats.
Le modèle économique turc fonctionne sous tension
Cette politique salariale ne repose toutefois pas uniquement sur un avantage fiscal. Depuis de nombreuses années, les grands clubs turcs n’hésitent pas à vivre au-dessus de leurs moyens afin de rester compétitifs sur la scène nationale et européenne. Et pour attirer des noms ronflants, ils n’ont pas de réticences à sortir le chéquier, y compris pour un joueur de 34 ans comme Mohamed Salah.
📸 Mohamed Salah, İstanbul’da! ❤️💙#SalahIsComing pic.twitter.com/FYgB5svYmy
— Trabzonspor (@Trabzonspor) August 5, 2026
En 2025, les trois principales puissances du pays ont dépensé environ 250 M€ en indemnités de transfert, sans même tenir compte des salaires. Or, selon les données de l’UEFA, les salaires versés représenteraient l’équivalent de 88 % des revenus des clubs turcs, bien au-delà du plafond de 70 % fixé par les nouvelles règles de viabilité financière.
Cette fuite en avant intervient pourtant dans un contexte économique peu favorable. Les droits télévisés nationaux ont fortement diminué, la livre turque a perdu une grande partie de sa valeur ces dernières années et l’endettement des clubs demeure très élevé : plus de 1,2 milliard d’euros de dette en cumulé pour Galatasaray, Fenerbahçe, Besiktas et Trabzonspor en 2025. Malgré ces fragilités, les dirigeants continuent de miser sur des recrues prestigieuses afin de satisfaire des supporters particulièrement exigeants et de maintenir l’attractivité de leur championnat.
L’envers du décor en Turquie : des retards de paiement qui ternissent le tableau
L’envers du décor est moins reluisant. Derrière les salaires affichés se cachent parfois des difficultés de paiement qui touchent de nombreux joueurs. Ancien international marocain passé par Denizlispor et Erzurumspor, Zakarya Bergdich rappelle que les retards de salaire sont monnaie courante en Turquie. Selon lui, l’aspect financier constitue un puissant argument pour convaincre les joueurs de signer, mais la réalité peut ensuite s’avérer beaucoup plus compliquée.
« Ils ont ce pouvoir financier pour t’attirer », expliquait l’ancien Lensois en mai 2025 pour le podcast Arena, avant de nuancer : « Il y a ce problème de paiement des salaires. Moi, actuellement, je suis en procédure avec des clubs. J’ai joué 3 ans là-bas et j’ai, facile, encore 1 an et demi de salaires à récupérer. Et ça arrive à énormément de joueurs. Tu prends des avocats, on te dit que la FIFA va faire ci, va faire ça. Mais rien ne se passe. C’est le côté négatif que je peux reprocher alors que tout est formidable en Turquie. C’est dommage. Et ça arrive à pratiquement tous les joueurs et même dans les grands clubs. »
Mohamed Salah, lui, espère ne pas connaître cette facette sombre du football turc. En attendant, réjouissons-nous de voir le Pharaon poursuivre sa carrière en Europe, dans un club qui disputera les barrages de la Ligue Europa, plutôt qu’en MLS ou en Arabie Saoudite, où il est parfois moins évident de regarder les matchs.