Euro 2024 : “l’Angleterre ne peut pas gagner l’Euro”, pourquoi le grand favori se fait déjà cartonner

Victorieuse lors de son premier match à l’Euro 2024 face à la Serbie (1-0), l’Angleterre peine à convaincre. Alors qu’il dispose d’un des meilleurs effectifs de la compétition, le sélectionneur anglais Gareth Southgate est toujours en quête d’une alchimie collective.

Pour beaucoup, les Three Lions s’imposent comme l’équipe favorite de ce Championnat d’Europe. Emmenée par Harry Kane, l’un des meilleurs joueurs de Bundesliga, Jude Bellingham, le meilleur joueur de Liga et Phil Foden, le meilleur joueur de Premier League, l’Angleterre se présente en Allemagne avec une armada impressionnante. Néanmoins, cette force offensive nécessite un certain équilibre pour permettre à chacun de livrer la quintessence de son talent. Une mission que Gareth Southgate peine à accomplir et qui, pour son premier match, n’a pas permis à l’Angleterre de produire le contenu que le grand public attendait d’elle.

Jude Bellingham Kieran Trippier Angleterre
Crédits photo : Icon Sport

La question de l'effectif 

En laissant James Maddison, Marcus Rashford, Jack Grealish et Raheem Sterling à la maison, Southgate a fait le choix de la jeunesse et de la dynamique. Un parti pris compréhensible qui pourrait cependant lui revenir en pleine figure en cas de contre-performance cet été. Une situation délicate dont a conscience le principal intéressé, en témoignent ses mots avant le début de la compétition : « Si nous ne gagnons pas l’Euro, je ne serai probablement plus là. »

Toutefois, plus que d’être orpheline de certains cadres offensifs, c’est surtout défensivement que l’Angleterre peut inquiéter. Alors que l’attaque regorge de talents, l’arrière-garde semble quant à elle bien moins douée, en plus d’être amputée d’un Harry Maguire toujours précieux en sélection. Face à la Serbie, la défense du 4-2-3-1 de Southgate était composée de Kyle Walker, Marc Guéhi, John Stones et Kieran Trippier. Une ligne qui démontre, entre autres, la faiblesse anglaise au poste de latéral gauche, à l’image de Trippier, habituel latéral droit, étant poussé à un poste inconfortable à l’opposé. De son côté, la charnière centrale s’annonce solide mais limitée.

Les problèmes face à la Serbie

Pour son premier match dans la compétition, l’Angleterre a rapidement affiché certaines limites dans le jeu. Rapidement, la trop grande densité de joueurs efficaces balle au pied s’est fait ressentir face aux Serbes, laissant l’impression d’une équipe qui se marche sur les pieds. Avec Kane, Foden, Bellingham, Rice et Alexander-Arnold alignés d’entrée, le meilleur buteur de l’histoire de la sélection et capitaine des Three Lions a été réduit à deux petits ballons touchés en première mi-temps. Un triste chiffre commenté par Jamie Carragher, incisif dans sa colonne pour The Telegraph : « Si le rôle de Harry Kane ne change pas, l’Angleterre ne peut pas gagner l’Euro. Il n’a touché que deux ballons en première période. Pour un joueur de sa classe, c’est très inquiétant. » C’est notamment cet amas de joueurs au cœur du jeu qui a privé Kane, dernier maillon de la chaîne, de ballons, en plus de déporter Phil Foden côté gauche pour faire de la place à Bellingham dans l’axe, auteur d’une très bonne première mi-temps. Au total, l’Angleterre aura bel et bien contrôlé la possession (53%), mais pour ne produire que cinq tirs – contre six pour la Serbie – et 0,52 expected goal dont 0,24 qui est issu du but de Bellingham (13e).

Quel avenir pour les Three Lions ?

S’il ne s’agit là que d’un premier match, qui plus est remporté, l’Angleterre devra toutefois être plus convaincante pour espérer être présente à Berlin le 14 juillet prochain en finale de l’Euro. Pour ce faire, Southgate dispose du matériel adéquat. Alors qu’aucun joueur de profondeur n’était présent dans le onze initial face à la Serbie, le sélectionneur anglais pourrait rapidement tenter d’intégrer Anthony Gordon, Ivan Toney ou Ollie Watkins. Parce qu’un tel profil devrait apporter des courses et libérer des espaces pour ses partenaires, il est possible que le salut des Three Lions passe par une complémentarité entre joueurs d’espaces et joueurs de ballon.

Défensivement, la charnière ne devrait pas changer faute de concurrence mais le cas de Kieran Trippier pourrait évoluer. Ultra précis avec sa patte droite, il a semblé particulièrement gêné au sein d’un flanc gauche qui ne lui permet pas d’étaler toute sa qualité de pied. Il ne serait donc pas étonnant de voir Luke Shaw prendre sa place rapidement, alors que Kyle Walker semble indéboulonnable de l’autre côté.

Gareth Southgate Angleterre
Crédits photo : IconSport

Opposés au Danemark le 20 juin prochain (18 heures) puis à la Slovénie le 25 (21 heures), les Anglais, déjà premiers de leur groupe avec trois points, devraient pouvoir se qualifier pour les huitièmes de finale sans trembler. Néanmoins, avec un tel effectif, l’ambition semble d’une tout autre dimension. Pour assumer leur statut de favori et tenir tête aux grosses cylindrées, les Three Lions devront s’ajuster. 

Matthias Ribeiro
Journaliste passionné par le jeu et la tactique passé par So Foot, Coparena et L'Équipe.