Le Real Madrid est allé chercher sur le marché un attaquant qui, à première vue, ne semble pas correspondre à l’ampleur des recrutements qui font habituellement parler au Santiago Bernabeu. Carlos Espi, 21 ans, a quitté le Levante jeudi pour s’engager avec le club jusqu’en juin 2031, après que les Merengue ont activé sa clause libératoire de 25 millions d’euros.

Peu connu hors d’Espagne, l’avant-centre arrive pour occuper l’espace laissé vacant par Gonzalo Garcia, transféré à Fulham, mais aussi pour apporter à l’effectif une caractéristique qui ne se retrouve pas en abondance dans l’attaque madrilène. Espi n’est pas une recrue arrivée pour prendre immédiatement la place de qui que ce soit. Il ne semble pas non plus avoir été recruté pour rivaliser avec Kylian Mbappé. La logique est différente.

Le Real Madrid de José Mourinho dispose désormais d’une alternative au profil plus conventionnel pour les rencontres où la vitesse, la mobilité et les attaques au sol ne suffisent pas : un joueur capable de jouer dos au but, de disputer le premier ballon, de conserver la possession dans le camp adverse et de transformer un long ballon ou un centre en action offensive.

C’est un choix qui prend encore plus de sens lorsqu’on observe ce que l’attaquant a réalisé avec le Levante la saison dernière. Espi a disputé 25 matches de Liga, dont 13 comme titulaire, et a inscrit 11 buts. Dix de ces buts sont venus lors des 13 dernières journées, précisément la période où le Levante avait besoin d’une réponse offensive pour échapper à la relégation. Cette performance lui a valu le titre de meilleur joueur espoir du championnat.

Carlos Espi semble être un bon choix pour le Real Madrid

Espi est, avant tout, un avant-centre. Nul besoin de chercher une définition plus sophistiquée. Son football part de la surface et y revient. L’attaquant offre une présence physique, un bon jeu de tête et une capacité à protéger le ballon lorsqu’il le reçoit dos au but. Cette caractéristique peut paraître simple, mais elle a une réelle valeur au sein d’un effectif comme celui du Real Madrid.

Pour les matches où l’adversaire parvient à contrôler les espaces dans lesquels Mbappé pourrait attaquer en profondeur, ou empêche les ailiers de recevoir le ballon dans des conditions leur permettant d’accélérer. Dans ces scénarios, faire entrer Espi revient à « changer la question posée » à la défense adverse.

Le jeu d’appui est l’une des caractéristiques les plus intéressantes d’Espi. Il parvient à utiliser son corps pour protéger le ballon et laisser le temps à ses partenaires de se rapprocher, tandis que sa présence entre les défenseurs centraux peut également ouvrir des couloirs pour les joueurs arrivant de plus loin. Il ne s’agit pas seulement d’un attaquant qui attend des centres dans la surface de réparation. Ses mouvements avant la conclusion ont, eux aussi, une réelle utilité.

Et il y a, bien sûr, l’aspect le plus évident : sa capacité à conclure les actions. Ses 11 buts en 25 matches de Liga ne suffisent pas à le placer parmi les grands buteurs du football européen, mais ils constituent une carte de visite tout à fait solide pour un joueur qui n’a fait ses débuts en première division que la saison dernière.

Pourquoi Espi pourrait devenir le nouveau Joselu de Mourinho

C’est cet ensemble de qualités qui rapproche le jeune joueur du rôle que Joselu a occupé au Real Madrid en 2023-2024. Non pas parce que les deux joueurs seraient identiques, mais parce qu’ils remplissent une fonction similaire : offrir à l’entraîneur un plan différent lorsque le match exige un avant-centre de surface, une présence physique et un jeu direct.

Joselu s’était rendu précisément utile pour cette raison. Il entrait en jeu lors des matches où le Real avait besoin d’une autre manière d’attaquer et parvenait, à certains moments, à transformer des ballons a priori peu prometteurs en situations de but. Espi pourrait devenir ce joueur pour Mourinho.

L’arrivée d’Espi peut-elle bouleverser l’avenir d’Endrick ?

Il existe toutefois une conséquence importante liée à l’arrivée d’Espi. Ce recrutement accroît la concurrence précisément à un poste où la situation était déjà incertaine : celui d’Endrick. Le Brésilien est revenu au Real Madrid cette semaine après avoir disputé la Coupe du monde, à l’issue d’un prêt de six mois passé à Lyon. En France, il a laissé une impression bien plus proche de ce qu’on attendait de lui à son arrivée en Europe, avec huit buts et neuf passes décisives en 21 matches.

Le problème, c’est que le départ de Gonzalo Garcia semblait ouvrir une voie plus directe pour Endrick. Cela ne signifie pas nécessairement qu’Espi a été recruté pour prendre la place d’Endrick. En réalité, la différence entre les deux pourrait justement être la raison qui donne du sens à cette opération. Endrick offre un profil d’attaquant plus explosif, capable d’attaquer les espaces et d’accélérer le jeu individuellement. Espi propose quelque chose de plus proche d’un numéro 9 de référence, capable de jouer dans la surface, de gagner des duels et de faire respirer l’équipe quelques mètres plus haut.

Pour Mourinho, disposer des deux profils pourrait s’avérer plus intéressant que de devoir choisir entre les deux.