Le LOSC pourrait réaliser un mercato historiquement lucratif. Alors qu’Ayyoub Bouaddi est tout proche de Manchester City pour une somme estimée entre 100 et 130 millions d’euros, Matias Fernandez-Pardo fait lui aussi l’objet d’une offensive importante de l’Atlético Madrid. De quoi faire miroiter près de 200 M€ de recettes au club nordiste. Mais si l’opération est séduisante financièrement, elle l’est beaucoup moins sur le plan sportif.

Le premier dossier est désormais bien avancé. Ayyoub Bouaddi est proche de Manchester City et son transfert pourrait rapporter entre 100 et 130 millions d’euros au LOSC. Une opération exceptionnelle pour le club nordiste, qui réaliserait la deuxième plus grosse vente de l’histoire de la Ligue 1 et récupérerait une somme considérable grâce à un joueur de seulement 18 ans.

Dans le même temps, Matias Fernandez-Pardo voit les prétendants se multiplier. L’Atlético Madrid a décidé de passer à l’action avec une offre de 35 M€, bonus compris, pour l’attaquant belge de 21 ans, d’après L’Equipe. Une proposition conséquente face à laquelle la direction lilloise aurait décidé de temporiser.

Le LOSC peut-il vraiment vendre pour 200 M€ au mercato ?

La différence avec Ayyoub, c’est qu’il n’y a pas d’offres pour Matias. Et ça nous va très bien car l’idée est de le conserver, affirmait récemment le président du LOSC, Olivier Létang. Le joueur est sous contrat jusqu’en 2029 et son départ n’est pas un sujet. Nous comptons sur lui, il le sait, et nous avons été très clairs avec lui.” On n’est cependant pas obligé de croire sur parole le dirigeant qui tenait à peu près les mêmes propos sur Bouaddi il y a quelques semaines. En privé, le prix de 70 M€ aurait été fixé pour ouvrir la porte à une vente de Fernandez-Pardo.

L’écart entre la proposition madrilène et le prix espéré par Lille reste donc considérable. Il faudrait encore doubler l’offre des Colchoneros pour atteindre le niveau auquel les dirigeants pourraient commencer à réfléchir. Même si les talents de négociateur de Létang ne sont plus à démontrer, l’écart paraît considérable, mais sait-on jamais…

Sur le papier, l’addition est forcément alléchante. Une vente de Bouaddi autour de 100 à 130 M€, suivie éventuellement d’un départ de Fernandez-Pardo pour 45 M€ par exemple, permettrait au LOSC de se rapprocher des 200 M€ de recettes sur deux jeunes joueurs. Mais Lille doit-il pour autant aller chercher ce jackpot ?

Le dilemme du LOSC avec Fernandez-Pardo

La question mérite d’être posée parce que le contexte économique du club a changé. Le LOSC est aujourd’hui dans une situation suffisamment saine pour ne pas avoir besoin de multiplier les ventes de ses meilleurs éléments, et ce malgré la conjoncture difficile en Ligue 1 avec la baisse des droits TV.

Le départ de Bouaddi va déjà apporter un chèque colossal. Dès lors, laisser Fernandez-Pardo partir dans la foulée affaiblirait l’équipe sans répondre à une véritable nécessité économique. Lille pourrait certes récupérer plusieurs dizaines de millions supplémentaires, mais au prix d’un nouveau chantier sportif. D’autant que le principal intéressé ne semble pas vouloir compliquer la situation. Même si L’Equipe fait état de ses envies de départ, Foot Mercato assure que Fernandez-Pardo n’a pas l’intention d’aller au clash avec sa direction et respectera la décision du LOSC.

Matias Fernandez-Pardo, LOSC
Matias Fernandez-Pardo, LOSC. Crédit photo : Sylvain Thomas/FEP/Icon Sport

C’est un élément important pour la direction lilloise. Elle n’a donc pas à gérer un joueur déterminé à quitter le club à tout prix. Elle peut prendre une décision avant tout sportive. Et justement, Lille a déjà pris des risques l’été dernier. Lucas Chevalier, Bafodé Diakité, Edon Zhegrova, Angel Gomes et Jonathan David avaient notamment quitté le Nord, laissant plusieurs cadres et titulaires à remplacer. Le club avait pourtant réussi à reconstruire un effectif compétitif et à terminer sur le podium de la Ligue 1.

Mais faut-il recommencer pareil chantier cet été ? Le contexte de cette saison rendrait la conservation des meilleurs éléments particulièrement logique. Lille va retrouver la Ligue des champions, avec un challenge sportif majeur et une exposition qui pourrait encore faire grimper la valeur de Fernandez-Pardo, déjà belle après ses 8 buts et 5 passes décisives de la saison passée en Ligue 1 et sa participation à la Coupe du monde avec la Belgique. La direction lilloise estime d’ailleurs que le Belge peut réaliser une grande saison et profiter de la C1 pour accroître encore sa notoriété et sa valeur marchande.

Il y a aussi un autre problème : l’expérience. Aïssa Mandi, Thomas Meunier et Chancel Mbemba sont partis cet été. Trois départs qui représentent une perte importante dans un secteur défensif où leur vécu pouvait encadrer les jeunes joueurs. Si le LOSC perd également Bouaddi et Fernandez-Pardo, le chantier sera encore plus grand et il faudra remplacer plusieurs joueurs importants tout en conservant une équipe capable de répondre aux exigences de la Ligue des champions.

Même si Lille recrute particulièrement bien et parvient à remplacer efficacement année après année ses stars vendues à prix d’or, les dizaines de millions supplémentaires dans les caisses ne garantissent pas toujours des points sur le terrain. Et c’est peut-être là que se trouve le principal risque pour Lille.

Bouaddi et Fernandez-Pardo sont-ils remplaçables ?

Le départ de Fernandez-Pardo serait probablement le plus problématique sur le plan sportif. Repositionné en numéro 9 par Bruno Genesio la saison passée, l’attaquant polyvalent est devenu une solution centrale du projet lillois. Depuis la grave blessure au genou droit d’Hamza Igamane, Fernandez-Pardo est même considéré comme la première option au poste d’avant-centre. Le Marocain ne devrait pas retrouver les terrains avant octobre, ce qui réduit encore les possibilités de Davide Ancelotti en début de saison.

Olivier Giroud est évidemment là, mais à près de 40 ans, il paraît difficile d’imaginer l’ancien international français enchaîner seul les matches à un rythme élevé, notamment avec la Ligue des champions au programme. Dans un secteur offensif où la seule recrue est pour l’instant l’ailier turc Basar Önal, recruté au NEC Nimègue pour environ 12 M€, remplacer Fernandez-Pardo obligerait donc à recruter un nouvel avant-centre. Le club nordiste aurait ainsi pris des renseignements sur Mehdi Taremi (Olympiakos) et s’intéresse également à Louey Ben Farhat (Karlsruhe). Des noms qui ne font pas forcément rêver…

La situation est différente au milieu de terrain. Le départ de Bouaddi ferait évidemment mal, mais le LOSC semble avoir davantage anticipé cette éventualité. Nabil Bentaleb a prolongé et devrait former le double pivot avec le capitaine Benjamin André, tandis que Ngal’ayel Mukau, aligné comme ailier droit en fin de saison, et le plus axial Hakon Haraldsson sont polyvalents et peuvent évoluer dans différents registres selon les besoins de Davide Ancelotti.

L’equipe type possible de Lille sans Bouaddi ni Fernandez-Pardo

Equipe type Lille

Même avant que le départ de Bouaddi se dessine, le LOSC recherchait toutefois un milieu au profil différent. C’est ainsi que L’Equipe a mentionné le nom de Gjivai Zechiël, milieu de Feyenoord âgé de 22 ans. Prêté à Utrecht la saison passée, le Néerlandais a inscrit 10 buts et délivré 10 passes décisives en 50 matches toutes compétitions confondues. Les négociations avec Feyenoord s’annoncent toutefois compliquées, le club néerlandais fermant la porte malgré les 10 M€ proposés par le LOSC. Jorge Cestero, jeune milieu du Real Madrid de 20 ans, est également suivi par Lille. Le joueur a déjà disputé cinq matches avec l’équipe première madrilène la saison passée et possède encore une marge de progression importante.

Le LOSC semble donc avoir commencé à préparer l’après-Bouaddi. Cela ne signifie pas que son départ sera facile à absorber, mais au moins une partie du travail a déjà été engagée. C’est précisément ce qui rend le dossier Fernandez-Pardo différent.

Lille peut perdre Bouaddi et disposer de solutions pour réorganiser son milieu. En revanche, perdre Fernandez-Pardo dans le même mercato obligerait le club à ouvrir un nouveau chantier offensif, alors que le joueur est devenu essentiel dans au poste de numéro 9. Le LOSC pourrait donc regarder les 200 M€ potentiels avec intérêt sans forcément chercher à les atteindre. Dans un mercato, savoir vendre est une force. Savoir conserver peut parfois en être une plus grande encore. Surtout en l’absence de nécessité financière…