Après avoir clamé ses ambitions à plusieurs reprises au cours des dernières années, Rennes a l’occasion de démontrer qu’il ne s’agit pas de paroles en l’air. Marquée par des intérêts grandissants pour deux de ses cadres, la dernière ligne droite de ce mercato agira comme un révélateur alors que le club breton dispose d’un coup à jouer cette année en Ligue 1.

Elles ne seront pas nombreuses cette saison les équipes de Ligue 1 qui pourront se targuer d’avoir fait vaciller le PSG en menant 2-0. Rennes peut déjà se vanter d’en faire partie, même si le scénario final s’est révélé frustrant puisque la poussée parisienne a été récompensée par un doublé de Ferran Torres, qui a arraché l’égalisation à 2-2 dimanche.

Très encourageante dans le contenu, cette prestation de la première journée doit donner des idées au SRFC. Elle sonne comme un écho au “pas de limite à notre ambition“, claironné en 2021 par son propriétaire François-Henri Pinault et qui a parfois pris du plomb dans l’aile ces dernières années : Rennes a terminé 10e du championnat en 2024, puis 12e en 2025, avant de se relever avec sa 6e place de la saison passée.

Que ce soit pour rêver d’aller titiller l’ogre parisien façon Lens 2025-26 ou de s’imposer comme la meilleure équipe de “l’autre championnat”, c’est le moment de prendre le lead pour le Stade Rennais. D’une part parce que la concurrence a rarement semblé aussi amoindrie ces dernières années. Toutes les écuries rivales ont suivi des départs majeurs et abordent cet exercice avec beaucoup d’incertitudes.

Une concurrence affaiblie en Ligue 1, un Rennes renforcé pour la nouvelle saison

L’Olympique Lyonnais, et plus encore l’Olympique de Marseille, sont empêtrés dans leurs contraintes financières. Lens a fait face à une vague de départs de ses cadres et va devoir gérer sa participation à la Ligue des champions. Elle aussi confrontée à des départs majeurs, l’AS Monaco version Filipe Luis part dans l’inconnu. Enfin, Lille, qui a perdu Bruno Genesio et Ayyoub Bouaddi, en attendant éventuellement Matias Fernandez-Pardo, ne ressort pas franchement renforcé de l’été.

Pendant ce temps, Rennes, lui, n’a enregistré aucun véritable départ majeur. La vente de Jérémy Jacquet à Liverpool pour 63,6 millions d’euros était entérinée depuis l’hiver dernier et il a déjà fallu se passer de l’international Espoirs français durant toute la seconde partie de saison dernière pour cause de blessure. Au contraire, le SRFC s’est même renforcé, notamment en mettant la main sur un élément comme Adrien Thomasson.

Arrivé en fin de contrat à Lens, l’hyperactif meilleur passeur du dernier exercice de Ligue 1 a préféré signer en Bretagne plutôt que de disputer la Ligue des champions avec les Sang et Or, ce qui en dit long sur le pouvoir d’attractivité du Stade Rennais, qui peut aussi viser une belle épopée en Ligue Europa (tirage au sort vendredi), avec le rêve d’atteindre enfin un quart de finale continental.

Mercato 2026/2027 de Rennes

ARRIVÉES DÉPARTS
Mayenda (Sunderland) Jacquet (Liverpool)
Reynolds (Westerlo) Hateboer (libre)
Thomasson (Lens) Grønbæk (Hambourg)
I. Soumaré (Le Havre) R. Bamba (Le Mans)
G. Oliveira (Benfica) J.-E. Coulibaly (Nancy)
Lemaître (Troyes) M. Faye (Nuremberg)
Nordin (Mayence) G. Kamara (QPR)
S. Fofana (FC Porto) Limon (Villefranche)
J. Do Marcolino (Bourg-en-Bresse) N. Mukiele (Montpellier)
James (Leicester) Rosier (Concarneau)
Sishuba (Montpellier) Silistrie (QRM)
Cresswell (Toulouse) Zabiri (Santander)
Embolo (Atlanta)
James (Wolverhampton)

Les Pinault et la formation, les deux gros atouts du SRFC

Fort du soutien de la famille Pinault, l’une des plus grandes fortunes de France (estimée à 19,2 milliards d’euros), propriétaire du club depuis 1998, Rennes possède des finances saines et ne semble pas prisonnier de l’obligation de vendre, qui frappe la plupart des clubs hexagonaux depuis la chute des droits TV. En parallèle, le club breton peut s’appuyer sur sa formation, parmi les plus productives de France.

Le SRFC a été classé meilleur centre de formation durant trois années consécutives par la FFF entre 2023 et 2025, avant d’être détrôné cette année par le PSG. Au printemps encore, pas moins de 9 jeunes talents issus de la formation sont passés professionnels : Kenny Assignon, Issa Habri, Ruben Lomet, Isiaka Soukouna, Djibril Diallo, Florian Truffert, Chibuike Ugochukwu, Amadou Diallo et Mohamed Chebbi. Les futurs Ousmane Dembélé, Eduardo Camavinga, Mathys Tel, Désiré Doué, Kader Meïté et autres Jacquet, tous admirablement bien vendus, se trouvent peut-être parmi eux.

Rester “penn-kalet” : l’enjeu de la fin du mercato à Rennes

L’avenir est donc assuré. Et pour l’instant, le présent aussi. Et c’est là justement que se situe l’enjeu de la fin du mercato rennais, avec les offensives à prévoir pour les deux tubes du moment, Abdelhamid Aït-Boudlal et Estéban Lepaul. A 20 ans, le défenseur central marocain s’est progressivement imposé au cours des derniers mois comme une évidence pour remplacer Jacquet. Il se retrouve courtisé par Fulham, qui aurait déjà transmis une offre dépassant les 20 millions d’euros, refusée.

Abdelhamid Ait-Boudlal, Estéban Lepaul, Rennes
Rennes veut conserver Abdelhamid Ait-Boudlal et Estéban Lepaul. Crédit photos : Icon Sport

Meilleur buteur du dernier exercice de Ligue 1 avec 21 réalisations, Lepaul commence de son côté à susciter l’intérêt de l’Atlético Madrid, Naples et Côme, mais aussi de Manchester City et d’Aston Villa, ce qui peut laisser planer la menace d’une offre folle façon panic buy à la fin du mercato. Dans ces deux dossiers, la position de Rennes sera scrutée de près. Alors évidemment, en cas d’offre hors marché, à plus de 30 M€ pour Aït-Boudlal et plus de 50 M€ pour Lepaul, il serait compréhensible que Rennes craque dans le contexte actuel du football français. Le faire pour un montant inférieur trahirait en revanche un manque d’ambition, dans cette saison où Rennes a un si joli coup à jouer.

A contrario, en conservant ses deux tauliers, avec la perspective de voir Lepaul devenir international français avec Zinedine Zidane dans les prochains mois, Rennes réaffirmerait son appétit. Et afficherait aussi une forme de cohérence après ses achats ambitieux de l’été : le pari Eliezer Mayenda (20 ans), recruté pour 20 millions d’euros hors bonus, et Charlie Cresswell, valeur sûre de Ligue 1 dont l’option d’achat coûtera 22,5 M€ l’été prochain.

A l’heure où beaucoup sont contraints de se reconstruire, Rennes a l’occasion de sortir renforcé de cet été. Et c’est presque un luxe dans le contexte actuel. A condition de tenir bon pendant encore une semaine, en continuant à prouver à la Premier League pourquoi les Bretons sont réputés « penn-kalet » (« tête dure ») !