Rétro Coupe du monde : l’étrange maladie de Ronaldo avant la grande finale (1998)

La Coupe du monde 1998 reste dans les mémoires pour beaucoup de raisons, mais la masterclass de Zinedine Zidane, auteur d’un doublé en finale face au Brésil, laissa une trace indélébile dans l’histoire du foot.

Pour certains, le Mondial 98 c’est aussi l’effondrement du Brésilien Ronaldo quelques heures avant la grande finale. Deux semaines plus tôt, celui que l’on considérait à cette époque comme étant le meilleur joueur de la planète, dévastait les défenses et divertissait les foules pour conduire la Seleção jusqu’à la dernière marche de la compétition.

Un phénomène précoce

Avant la Coupe du monde 1998, Ronaldo Luís Nazário de Lima, mieux connu sous le nom de Ronaldo, avait passé quatre ans à terroriser les gardiens et les défenseurs au Brésil, aux Pays-Bas, en Espagne et en Italie.

À peine âgé de 17 ans, le Brésilien marqua à 34 reprises en une seule saison avec Cruzeiro et ne tarda pas à se retrouver dans le radar du PSV Eindhoven en Eredivisie. Aux Pays-Bas, le Brésilien a continué à marquer à un rythme fou, attirant très vite les convoitises du FC Barcelone.

En une seule saison sous les ordres de Bobby Robson au Camp Nou, Ronaldo marqua 34 buts en 37 matchs. Sous le maillot blaugrana, il signa notamment l'un des plus grands buts de tous les temps. Après avoir dribblé depuis sa moitié de terrain et éliminé six ou sept joueurs de Compostelle dans une course solo sensationnelle, le joueur légendaire parvint à concrétiser avec une aisance déconcertante.

Des archives montrant Robson debout sur la ligne de touche avec les mains sur la tête et le visage stupéfait, témoignent de l’incroyable aura du génie au sommet de son art.

En Italie, l'année suivante, le joueur de 20 ans continua de mettre à l’amende les plus grands défenseurs, en combinant une technicité et créativité avec un rythme effrayant. Son instinct de buteur hors normes le récompensa à nouveau du titre de meilleur buteur du Calcio avec 25 réalisations à son compteur.

En 1998, sous les couleurs de l'Inter Milan, il marqua également 6 buts sur la scène européenne avant de remporter la Coupe de l’UEFA. En finale, Ronaldo livra au monde l'une de ses plus belles performances face aux redoutables Capitolini de la Lazio. En première mi-temps, Ronaldo fit trembler ses adversaires en trouvant le poteau sur une frappe extraordinaire depuis l’extérieur de la surface. En seconde période, il neutralisa les Biancazzurri en s’échappant dans le dos de la défense puis en contournant le gardien avec style pour concrétiser face à une cage complètement vide.

Craint de tous

Avant la Coupe du monde, peu de gens considéraient Ronaldo comme autre chose que le joueur le plus à craindre. L'attaquant sortait de trois saisons fantastiques depuis qu'il avait quitté la Serie A brésilienne pour goûter aux richesses du football européen, et les défenseurs qui avaient tenté de l'arrêter pendant cette période échouèrent tous tour à tour. Sans surprise donc, toutes les attentes reposaient sur les épaules du génie de 21 ans, et il se montra largement à la hauteur de celles-ci.

Lors de la seconde journée de la phase de groupes, le numéro 9 brésilien délivrait déjà une passe décisive au vieillissant Bebeto avant de marquer sur une demi-volée. Ce premier but était annonciateur de ce qui devait suivre.

En huitièmes de finale face à la Roja chilienne, la star du Mondial marqua à deux reprises. Le premier venu d’un penalty accordé avec beaucoup de réussite, puisque le gardien Tapia plongea en touchant la balle du bout des doigts pour intercepter la percée du Brésilien. Le second but en revanche ne fit aucun débat. Avec sa précision habituelle, Ronaldo trompait le portier chilien après avoir reçu une passe à l'extérieur de la surface de réparation et le score final (4-1) fut sans appel, le Brésil était en quart de finale.

Le Danemark fut l’adversaire suivant, et le jeune attaquant joua un rôle essentiel dans la victoire (3-2), en marquant à deux reprises malgré son absence dans le 11 de départ.

En demi-finale, R9 pour les intimes ouvrit le score en profitant d’un mouvement opportun pour se faufiler dans la défense. Après une première touche habile pour réceptionner une passe de Rivaldo, Ronaldo frappa entre les jambes de Van der Sar. Après l’égalisation de Kluivert, le serial buteur au crâne rasé et son équipe durent patienter jusqu’aux tirs au but pour reprendre remporter le match et décrocher leur billet pour la grande finale face à la France.

La maladie frappe

Les plus grands matchs sont faits pour les plus grands joueurs. Avant la finale de la Coupe du monde 1998, Ronaldo était sans l’ombre d’un doute l’un des meilleurs footballeurs de la planète. Au Stade de France pourtant, Ronaldo ne livrerait pas la performance époustouflante que le monde attendait.

Quelques heures à peine avant que les équipes ne se rendent au stade, Ronaldo fut victime d'une crise dans sa chambre d’hôtel. Peu de temps après avoir appris la nouvelle de cette maladie inattendue et inexpliquée, le sélectionneur Mário Zagallo prit la décision évidente d’exclure la star de son onze de départ.

Pourtant, l'histoire ne s’arrêta pas là. Quelque temps après la finale, Zagallo racontait qu'après avoir nommé son onze de départ et être arrivé au stade de France pour préparer le match, Ronaldo lui annonça être apte à jouer. Sachant à quel point R9 était important pour l'équipe et pour la nation, Zagallo l’intégra sans trop hésiter sur la feuille de match.

L’inévitable échec au Stade de France

Était-ce la bonne décision de faire jouer Ronaldo ? D'un point de vue médical, peut-être pas, mais il reste assez simple de comprendre le dilemme auquel était confronté Zagallo. R9 était le meilleur joueur au monde, un génie capable de faire la différence à tout instant. Pouvait-il vraiment laisser R9 sur la touche quand ce dernier affirmait être apte à jouer ? La décision aurait été audacieuse et très certainement mal reçue.

Au grand plaisir des supporters brésiliens et de tous ceux qui n'étaient pas associés à l'équipe de France, Ronaldo allait débuter le match. Il n’aura pourtant pas fallu attendre longtemps pour que tous s’aperçoivent de la méforme de l'attaquant.

Le joueur décrit comme le moteur de toute une équipe, capable de faire passer les meilleurs défenseurs pour des amateurs, ne pouvait tout simplement pas fournir l’énergie nécessaire ce soir-là. La machine à buts resta en cale sèche, et les défenseurs français purent gérer confortablement ses maigres tentatives.

Le scénario impensable avant le match conduisit les Bleus à signer un clean sheet, en pulvérisant une équipe brésilienne très clairement ébranlée par l'incident impliquant leur joueur vedette.

Une fois que le problème de santé de Ronaldo fut révélé aux médias du monde entier, toutes sortes de théories et de complots ont été lancés. Certains dirent que l'attaquant souffrait d'épilepsie, quand d'autres mettaient en cause le stress généré par le fait d'être qualifié de « meilleur joueur au monde ». Seuls Ronaldo et ses proches pouvaient connaître la véritable cause des problèmes qui l’empêchèrent d'être à son plus haut niveau à Paris ce soir-là.

Grâce à ses performances exceptionnelles avant la finale, Ronaldo fut tout de même nommé meilleur joueur du Mondial.

La vie après la déception de 1998

Après cette Coupe du monde, la carrière de Ronaldo fut constituée de hauts triomphants et de bas fracassants. Le problème de santé qui s’était manifesté avant la finale de la Coupe du monde de 1998 fut en fait le premier d'une longue série pour le joueur surnommé O Fenômeno, qui signifie en portugais “Le Phénomène”.

Au cours de la saison 1999-2000, Ronaldo, qui était devenu le capitaine de l’Inter Milan, subit une blessure que beaucoup considèrent encore aujourd’hui comme l'une des pires que le footballeur d’élite n’ait jamais connues. L'attaquant fut victime d’une rupture partielle du tendon rotulien. Après une opération et six mois de convalescence, Ronaldo faisait son grand retour mais la malchance ne l’avait malheureusement pas quitté.

Quelques minutes seulement après un retour tant attendu, le goleador brésilien tomba au sol, submergé par une douleur atroce. Cette fois, il fut victime d’une rupture totale du même tendon.

Dans la presse, c’était la fin du joueur que l’on qualifiait autrefois d’imparable. R9 était pourtant bien plus qu'un simple footballeur au talent brut. Déterminé à retrouver les terrains, le Brésilien, absent pendant toute une saison, se battit pour retrouver un niveau de forme physique compétitif avant de faire son grand retour pour la Coupe du monde de 2002.

La revanche de Ronaldo

Après deux années d’absence, beaucoup de gens questionnèrent les capacités de l'attaquant de l'Inter. Serait-il vraiment prêt pour la Coupe du monde 2002 au Japon ? L’histoire prouvera que oui. Comme ce fut fréquemment le cas au cours de sa carrière, O Fenômeno fit encore taire ses critiques en livrant au monde une série de performances éblouissantes.

Avec Ronaldo enfin prêt à reprendre du service dans une équipe complétée par Ronaldinho et Rivaldo, la Seleção semblait enfin en mesure de faire des ravages. Sans surprise, les Brésiliens s’imposèrent dès le premier match face à la Turquie. R9 marqua l'un des deux buts, avec une première finition sur un centre millimétré du gaucher Rivaldo.

Lors de la deuxième journée, l'attaquant était encore dans le coup et parvint à se défaire du marquage au second poteau pour marquer en toute simplicité alors que son équipe menait déjà 3-0 face à la Chine. Les Auriverdes confirmèrent leur état de forme en s’imposant encore largement par 5 buts dont un doublé de Ronaldo lors du dernier match de groupe.

Le joueur légendaire allait encore s’affirmer à deux reprises en huitièmes de finale face à la Belgique puis en demi-finale contre la Turquie avant d’atteindre la grande finale face à l'Allemagne.

Peu d'équipes auraient été capables de remettre les Allemands à leur place comme le firent les hommes de Zagallo au Nissan Stadium de Yokohama. Ronaldo inscrivit un dernier doublé pour aller chercher sa seconde Coupe du monde, une cinquième étoile pour le pays et le Soulier d’Or pour un total de huit buts inscrits au cours de la compétition.

La même année après cette victoire, Ronaldo Nazario remporta son deuxième Ballon d’Or, après avoir été le plus jeune joueur de l’histoire à le recevoir 5 ans plus tôt.

Un nom parmi les plus grands

Bien que les blessures aient continué à le pénaliser dans les années qui suivirent, le double Ballon d'Or fut couronné à trois reprises « Joueur mondial de l'année » par la FIFA, consolidant sa position parmi les plus grands joueurs de tous les temps.

En 2011, après 3 participations à la Coupe du monde et un parcours couronné de succès dans les plus grands clubs du monde, Ronaldo tira sa révérence. À son palmarès figurent 284 buts en 384 matches disputés en club et de nombreux trophées comme la Coupe de l’UEFA, la Copa del Rey et la Coupe des vainqueurs de coupe. Ronaldo fut également sacré champion d’Espagne à deux reprises avec le Real Madrid en 2003 et 2007.

Avec la Seleção, O Fenômeno remporta deux fois la Coupe du monde et deux fois Copa América. Souvent auteur de buts magnifiques sous le maillot jaune et vert, il trouva le chemin des filets à 62 reprises en 98 matchs. Seuls Neymar et Pelé ont marqué plus de buts sous les couleurs du Brésil.

Au bout du compte, ni la défaite de 1998, ni les lourdes blessures n’auront pu annihiler les efforts du « Phénomène » légendaire sur le chemin de la gloire.

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