Lens : Georges Lech – “Cette force qu’ils ont, c’est les valeurs de la mine, j’espère qu’ils vont la garder très longtemps” [Exclu]
Considéré comme l’une des plus grandes légendes du RC Lens, Georges Lech a accordé un entretien à Top Mercato. S’entretenir avec l’ancien ailier du Racing des années 1960, c’est ouvrir une intarissable boîte à anecdotes plus savoureuses les unes que les autres. Sur le Racing évidemment, mais aussi sur Raymond Kopa, Georges Bereta, l’OM, son record en équipe de France et le monde des transferts.
Converser avec Georges Lech, c’est également se pencher sur la métamorphose d’un football qui n’a plus grand-chose à voir avec celui qu’a connu l’international français. S’il en déplore certains excès, cela ne l’empêche pas de suivre sa passion avec un amour intact et d’y exercer un oeil toujours aussi avisé. Avec toujours en toile de fond ce repère immuable qui a traversé les décennies, celui du RCL, actuel leader de Ligue 1 et toujours fier incarnation des “valeurs de la mine”.
Georges Lech en bref
80 ans, ex-ailier international français (35 sélections, 7 buts)
Carrière :
- 1962-1968 : RC Lens — 214 matchs (78 buts)
- 1968-1972 : FC Sochaux-Montbéliard — 132 matchs (44 buts)
- 1972-1976 : Stade de Reims — 84 matchs (9 buts)
- 1976-1977 : RC Épernay
Georges Lech, le 22 novembre, contre Strasbourg (1-0), le RC Lens a organisé “le match de la mémoire”. Chaque joueur de l’effectif actuel portait un maillot floqué au nom d’une légende du club, disparue. En tant qu’ancien, on imagine que vous avez apprécié cette initiative ?
Ah, c’est une bonne idée, ça fait rappeler des souvenirs, je trouve ça superbe. C’est vrai qu’ils pensent souvent aux anciens, c’est bien. Le football n’est plus le même qu’auparavant. Avant, c’était le maillot qui comptait beaucoup. Mais c’est vrai que ça fait du bien de voir ça, parce que ça fait remonter les émotions pour tout le monde et le Racing le fait bien.
D’ailleurs, vous êtes resté assez proche du club ?
Je suis né ici, donc c’est mon club. Parce qu’après, de Lens, je suis parti à Sochaux, et de Sochaux à Reims. Ces deux, ce sont aussi mes clubs, mais pas le vrai, quoi. Lens, c’est mon club de cœur, mon club de région, c’est ma vie. C’est mes supporters, c’est la mine, c’est tout ça qui remonte quand vous voyez les noms derrière les maillots. Ça fait du bien, mais ça fait drôle, parce qu’on a l’impression que c’est eux qui jouaient (les joueurs disparus, ndlr). Ça fait drôle, quoi, quand on voit ça… Enfin, bref, c’est bien, c’est une bonne initiative.
Remontons un peu dans le passé et parlons maintenant de votre carrière. En commençant par les débuts. A l’époque, évidemment, il n’y avait pas de centre de formation, vous avez commencé par ce qu’on pourrait aujourd’hui qualifier de football de rue.
J’ai appris à jouer dans la cité des mines, donc dans les corons. On sortait de l’école, et puis, tout de suite après, on tapait le ballon dans le jardin, dans les rues, comme il n’y avait pas de voiture. On jouait avec des boîtes de conserve. Et c’est là que j’ai appris à jouer. On était toujours dehors. On faisait deux équipes et puis on se tapait dedans, on s’amusait. Et puis, mon père, après, avait un jardin. Je me rappelle que, dans les corons, tous les mineurs avaient mis des légumes, des trucs comme ça dans le leur. Et mon père, lui, m’avait fait un terrain de football avec deux buts. Et il nous apprenait à jouer.
“J’ai dit : “je signe à Lens à condition que vous sortiez mon père du fond de la mine”
Quand est-ce que vous avez commencé à comprendre que le foot pouvait devenir plus qu’une passion ?
Le problème, c’est que quand mon père m’emmenait voir jouer le Racing Club de Lens, il y avait une quinzaine de kilomètres. Donc, il avait mis une petite selle devant le vélo et un truc derrière pour mon frère. Il pédalait et puis on allait voir les matchs, les mineurs faisaient comme ça. Donc, je voyais les matchs. J’avais une passion et c’était celle-ci, parce qu’à Lens, à l’époque, il n’y avait que le foot.
De là, mon père m’a inscrit à Billy Montigny, dans un club à côté, un club de la région. C’est à 10 kilomètres de Montigny-en-Gohelle, où je suis né, et à 10 kilomètres de Lens. Donc, il m’avait mis à jouer là, dans un petit club où l’entraîneur était Éric Garé, un ancien professionnel, un Argentin. C’est là que j’ai appris à jouer au football. D’ailleurs, j’ai une anecdote, c’est que quand j’ai commencé à jouer, le premier jour où je suis allé à l’entraînement, ils m’ont donné des chaussures de football et je ne savais même pas les chausser. Donc, j’avais juste mis la languette au-dessus, j’étais tellement pressé de rentrer sur le terrain.
Là, l’entraîneur voit ça et me dit : “si déjà tu ne sais pas mettre tes chaussures, tu ne sauras pas jouer !”. Donc, il m’a renvoyé dans les vestiaires et j’ai remis mes chaussures. Après, je suis revenu, il m’a mis dans le match. J’ai commencé à jouer, j’ai dribblé tout le monde, j’ai mis deux ou trois buts. Il a été surpris ! J’étais assez fort, assez grand pour mon âge. J’avais une facilité dans le dribble, dans le jeu. Donc, c’était facile pour moi. C’était un jeu, surtout.
Et ensuite Lens vous a repéré assez rapidement ?
Avec les Carabiniers de Billy Montigny, j’étais surclassé. J’avais 14-15 ans et je jouais des fois en équipe première. J’étais aussi avec les Cadets du Nord, c’était une sélection avec tous les cadets de la région du Nord de la France. Et j’étais dans cette équipe-là aussi. Avant, je ne sais pas comment ils faisaient leur recrutement mais ils avaient sûrement ouï-dire (Lens, ndlr).
Et après, on a fait la Coupe Gambardella avec mon club de Billy Montigny, un petit club de rien du tout. C’est un village Billy Montigny, ce n’est pas grand. On est arrivé en demi-finale et on a été éliminés à Paris par Nîmes, qui a gagné la Coupe Gambardella. On a éliminé des équipes comme Saint-Etienne, comme Lens, comme Reims, comme Valenciennes. On est allé loin avec une petite équipe. Donc là, déjà, ça a dû faire parler. C’était la fête quand on est revenu de Saint-Etienne. On avait battu Saint-Etienne chez eux 5-1 ou 5-2. Ils nous ont tous accueillis à la gare avec une fanfare et tout. On a défilé dans les rues. À l’époque, c’était magnifique.
Donc à partir de là, le recrutement s’est fait. C’est Henri Trannin, le directeur sportif du RC Lens de l’époque, qui est venu me faire signer mon contrat à Montigny. Un jour, il est arrivé comme ça et puis, il a dit, “écoutez, nous, on aimerait bien que vous signez au Racing Club de Lens”. C’était un truc de fou. Donc il était là, il faisait des propositions. Je lui ai dit que ça m’intéressait – avec mes parents qui étaient là – mais, le seul truc que je lui ai demandé, c’est que je voulais que mon père sorte de la mine. C’était mon contrat, j’ai signé pour ça. Parce que mon père travaillait au fond de la mine. Il était boutefeu, comme on disait à l’époque. Et je lui ai dit : “je signe à condition que vous sortiez mon père du fond de la mine, que vous le mettiez au jour”.
De ce fait, on a signé le contrat. Et mon père, étant sorti de là, était maintenant devenu jardinier du Racing Club de Lens. Il tondait les pelouses, il préparait les terrains. Il était avec le père de Maryan Wisniewski. Donc, ils se connaissaient très bien. Et quand on faisait l’entraînement sur le terrain, je courais d’un côté et mon père tondait la pelouse devant moi. Ça, j’aime bien le dire. C’est fort.
“A 16 ans, j’ai fait quelques matchs en pro. A 17, j’étais titulaire. A 18, j’étais international. Ça a été très vite”
Il y a une autre anecdote dont j’ai entendu parler. C’est que vous aviez fait signer un autographe à Maryan Wisniewski. Et l’année d’après, vous jouiez avec lui au Racing. Racontez-nous.
Oui, comme je disais, on allait voir les matchs du Racing avec mon père à vélo, on y allait et puis, on faisait signer des autographes. Et comme Maryan avait joué très jeune aussi – Maryan avait 16 ans quand il a joué, moi, je devais avoir 10-12 ans à l’époque, je lui faisais signer des autographes. Et, un an ou un an et demi après, je jouais avec lui ! Enfin, je m’entraînais avec lui surtout, parce que j’ai fait quelques matchs à 16 ans au Racing, mais je n’étais pas titulaire. J’étais titulaire à 16 ans et demi-17 ans.
Dans un reportage, on peut voir aussi que vous étiez chaudronnier à l’époque. Comment ça se passait ? C’était une forme d’alternance ?
Quand j’étais jeune, ma mère m’a inscrit et j’ai passé le certificat d’études. Et après, j’allais à Hénin-Liétard, c’est un village d’à côté, pour avoir un diplôme de chaudronnier. J’ai appris pendant 2-3 ans la chaudronnerie. Mais le jour de l’examen, je m’en rappelle, j’étais avec les Cadets du Nord en Allemagne, et je rentrais dans l’après-midi, j’ai raté mon diplôme, je n’ai pas pu le passer. Donc, je ne l’ai jamais eu, mais comme j’avais appris un peu la chaudronnerie, Trannin, le directeur sportif, quand il m’a fait signer, voulait que je vienne au Racing la journée. Je m’entraînais le matin, et l’après-midi, je travaillais. Les autres, ils travaillaient au bureau des mines, et moi, comme il savait que j’étais chaudronnier, je faisais de la chaudronnerie. J’allais dans les maisons, je réparais les tuyaux, enfin quand je dis que je réparais… J’étais avec un monsieur.
Et voilà, pendant, 6 mois-un an, j’ai fait ça. Je m’entraînais le matin et je faisais la chaudronnerie l’après-midi. C’était magique. Quand j’y pense, maintenant, ça me fait rire, mais c’est bien. Parce que, quand on voit l’évolution du football, maintenant, c’était exceptionnel.
C’est sûr qu’on n’imagine pas Kylian Mbappé à ses débuts s’entraîner le matin et faire de la plomberie l’après-midi…
En train de faire des soudures, en train de réparer la salle de bain (Rires). C’est magnifique. C’est génial.
Donc, ça, c’était une forme de contrat qui était proposé aux jeunes avant qu’ils signent vraiment un contrat professionnel ?
Oui, à ceux qu’ils faisaient signer et qui s’entraînaient avec les pros. Donc le matin, on s’entraînait parce que les entraînements, il n’y en avait pas des masses, il n’y avait que le matin. Puis l’après-midi, on travaillait. Et le soir, on rentrait à la maison. J’ai fait ça pendant un an, comme j’étais jeune et que j’ai réussi très vite. A 16 ans, j’ai fait quelques matchs en pro. Et à 17 ans, j’étais titulaire. Et à 18 ans, j’étais international. Ça a été très vite.
C’est vrai que maintenant il y a des jeunes qui commencent tôt. Mais vous, à l’époque, c’était vraiment toute la ligne d’attaque de Lens qui était très jeune. C’est quelque chose qu’on n’imagine plus aujourd’hui…
À l’époque, on avait une ligne d’attaque, dont la moyenne d’âge devait être de 18 ans. J’avais Bernard (son frère, ndlr) qui jouait avec moi. Bernard était un an plus jeune que moi. Il y avait Daniel Hédé qui était plus jeune que moi. Il y avait Van Holm. Il y avait des jeunes comme ça. Une fois, on avait joué contre Rennes en Coupe de France à Paris. On avait perdu 5-4. Mais on avait fait un match exceptionnel. On avait une équipe de jeunes, c’est à cause de ça qu’on a perdu. Les 4 de devant, c’était 17 ans.
Est-ce que vous auriez une scène à nous raconter qui n’existe plus dans le foot actuel, qui paraît inimaginable aujourd’hui ?
Peut-être les supporters… Il y avait beaucoup de supporters. Mais c’était des mineurs. C’était des gens simples. Ils ne réunissaient pas les joueurs à la fin des matchs. Ils ne faisaient pas comme ils font maintenant. On avait un bon public quand même. Ils nous faisaient de temps en temps venir pour nous faire signer des trucs dans leur coin. Mais ça commence à être loin tout ça, je ne me rappelle pas bien.
Rapprochons nous alors un peu du présent. Après Lens, vous êtes parti à Sochaux, Le contexte était assez proche. C’était aussi une ville ouvrière.
Je ne sais pas vraiment comment ça s’est fait, comme je ne faisais pas attention aux contrats. On était descendu en deuxième division avec Lens. Je ne voulais pas jouer en deuxième division. Après, ça s’est détérioré la mine avec le Racing Club de Lens. A l’époque, on avait Albert Hus, on avait de bons présidents. Après, ils ont mis un ingénieur des mines. L’ingénieur des mines, c’est le mec qui comptait les sous. Il disait qu’il faut “courir pendant 50%”. “Il faut faire 10 % de plus ou 20 % de plus de ce que vous pouvez faire”. Bref, des conneries comme ça. Ça, ça ne me plaisait pas.
En plus, comme j’étais réticent, il m’avait même mis de côté. Il ne voulait plus que je m’entraîne avec eux. Une fois avec Élie Fruchart, c’était l’entraîneur à l’époque, on faisait un tennis-ballon devant le stade pour nous amuser. Il est venu et il a dit “lui, je n’en veux plus, il faut qu’il s’en aille.” Il voulait absolument que je signe, mais je n’ai pas voulu. Donc, ils m’ont prêté pendant un an à Sochaux. Et j’ai re-signé 4 ans après.
“J’ai dit à l’OM : ‘désolé, mais j’ai donné ma parole à Reims'”
Sochaux, ce sont de bons souvenirs aussi ?
Sochaux, oui. C’était la famille Peugeot. C’était ouvrier. Le stade était dans l’usine. Il est toujours dans la même position, mais ils l’ont agrandi. Ils ont changé. C’est des gens de l’usine qui venaient. C’était un peu cette même mentalité qu’au Racing Club de Lens. Et puis, la région était belle.
Quand je suis parti, je me rappelle, c’était en 1968. On a fini 3e du championnat avec Sochaux. Je suis parti signer à Reims. Reims, c’est un peu le club comme Marseille. C’était le club qui arrivait. C’est le champagne, c’est la bourgeoisie, c’est Lille quoi (rires, Lille est considéré comme une ville bourgeoise par les supporters de Lens, ndlr). C’était carrément un changement de décor. C’était pas pareil. Ça devenait un peu plus pro, il y avait un peu plus d’argent.
Ce n’était plus le Reims de la grande époque ?
C’était juste derrière. Parce qu’ils venaient de monter en 1ère division. Et puis l’entraîneur, c’était Fruchart. C’est lui qui m’a fait venir.
Il se dit aussi, qu’à une époque, l’OM vous aurait fait une proposition, c’est vrai ?
Oui, quand j’étais à Sochaux. Quand je jouais à Sochaux, j’allais voir jouer mon frère, qui jouait à Nancy. Comme Lens jouait en 2ème division, ils ont transféré les meilleurs joueurs. Il y avait mon frère, il y avait Krawczyk. Tout ça, c’est parti. Donc mon frère avait signé à Nancy. Sochaux-Nancy, c’est pas loin, donc j’allais le voir. Un jour, Bernard me dit que le directeur sportif de Reims veut me voir pendant le match de Nancy. Il est venu pour me parler d’un contrat.
Avant, le contrat, ça ne se faisait pas comme ça (rires). Ça me fait vraiment rire quand j’y repense, c’est vrai. Avec ma femme, on s’est dit, “qu’est-ce qu’on va leur demander ?” On ne savait pas quoi leur demander. On a dit qu’ils vont sûrement nous payer le loyer de l’appartement, des trucs comme ça. Et lui, à la sortie des vestiaires, à la fin du match, il m’a dit “Monsieur Lech, écoutez, on voudrait vous avoir”. Il y avait du monde autour, plein de supporters. Et il me dit “Nous, on voudrait vous avoir, on voudrait vous faire signer 4 ans à ce tarif-là”. C’était beaucoup d’argent.
Alors moi, je ne savais plus quoi dire. “Ah bon ? Vous êtes sûr ?” Je lui ai dit : ‘je viens comme vous voulez, à la rame ! Il n’y a pas de souci, je vous donne ma parole’”. C’était surprenant, c’était vraiment un truc de fou. Et j’ai donc donné ma parole. Mais entre temps, avant la fin du championnat, il y a Marseille qui avait appelé. C’était Marcel Leclerc à l’époque le président. Et il m’avait dit : “écoutez, ils vous donnent ça, mais nous on vous donne ça, mais pour 3 ans”. Moi j’avais signé 4 ans (à Reims, ndlr). Alors j’ai dit : “écoutez oui c’est très bien, mais j’ai donné ma parole, et je n’ai qu’une parole. Je suis désolé, c’est beaucoup d’argent, mais je ne peux pas revenir en arrière.”
Comme je leur avais dit oui et que l’entraîneur, c’était Fruchart, que je connaissais bien, je suis donc parti au Stade de Reims. Parce que le Stade de Reims avait une image aussi, c’était un des premiers clubs de France à l’époque. Il y avait aussi Marseille, il y avait Bordeaux, il y avait Saint-Etienne, il y avait 3-4 clubs comme ça qui dominaient. Et puis eux, à Reims, ils reformaient une équipe. Ils avaient repris des Argentins, ils avaient formé vraiment une grande équipe. Ils avaient fait un recrutement de force.
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Vous vouliez nous parler d’une autre anecdote sur votre transfert à Reims…
Quand j’ai signé mon premier contrat professionnel, est-ce que vous savez qu’on avait fait grève, nous, les joueurs professionnels ?
J’en ai entendu parler oui. Vous y avez donc participé ?
Quand j’étais joueur professionnel au Stade de Reims, on avait fait grève pour le contrat. Parce que, quand vous signiez un contrat, vous étiez lié jusqu’à 35 ans avec le club. C’est-à-dire que le club faisait ce qu’il voulait avec vous.
Et l’argent qu’ils faisaient entre eux, c’était de président à président. Et vous, vous ne pouviez pas le toucher. De temps en temps, quand vous partiez, ils vous disaient “on va vous donner un peu d’argent pour que vous partiez”. Mais il y avait que dalle, en fait. Donc ça se traitait entre eux.
A l’époque, c’était Michel Hidalgo qui était président de l’UNFP. Et on avait fait grève, on est allé à Versailles, dans une salle, là-bas, et puis on avait défilé avec des panneaux : “Nous faisons grève du match.” Et je me rappelle que, pour le match d’après qu’on avait fait avec le Stade de Reims, on est allé au milieu du terrain. J’étais capitaine, et j’avais pris le micro, puis je disais aux gens, “nous refusons de jouer, nous faisons grève, parce que nos contrats, etc”, enfin, bref, j’ai raconté mes conneries quoi (rires). Enfin, bien sûr, pas mes conneries, j’ai raconté ce qui était en général, nos contrats, on était comme des esclaves, quoi. On était obligés de rester au club.
Et de ce fait-là, ils ont fait les nouveaux contrats. C’était comme l’arrêt Bosman qui s’est signé après. C’est grâce à nous que les joueurs ont eu le contrat à temps. Vous signez pour un certain temps, pour 4 ans, et après vous signez ailleurs si vous voulez, ou s’ils veulent vous avoir, ils vous font un autre contrat. C’est ce qui est toujours en vigueur maintenant. C’est grâce à tout ça. Je me rappelle, on a refusé un match, c’était contre Bastia à Reims. Et grâce à ça, on a gagné.
Et l’anecdote que j’ai pour ce problème de l’argent, c’est qu’à l’époque, quand je jouais au stade de Reims, je connaissais les anciens, les glorieux comme je les appelle, comme Bob Jonquet qui était capitaine de la grande équipe du Stade de Reims, ils ont été en finale de la Ligue des champions contre le Real Madrid. Il y avait lui, il y avait Roger Piantoni. Donc ils venaient me voir dans les vestiaires, ils me disaient : “Georges, tu sais, toi, au moins tu gagnes de l’argent !”
Donc ça voulait dire qu’eux, quand ils faisaient la finale de la Ligue des champions, ils n’étaient presque pas payés par rapport à ce que je touchais moi. Donc après, je m’imaginais moi maintenant aller dans les vestiaires de Mbappé et des autres, des internationaux, en leur disant “vous voyez ce que vous gagnez par rapport à ce que je gagnais”. C’est multiplié par 100. C’est un truc de fou. Le football devient fou.
“Quand ils chantent Les Corons, j’en pleure à chaque fois, j’ai des frissons, tout le temps”
Cela vous inspire quoi justement cette évolution du foot ?
C’est de l’argent, c’est du spectacle. Et le Racing Club de Lens essaie de garder un peu la mentalité vraiment sportive, vraiment supporter. Le président (Joseph Oughourlian, ndlr), il parle bien. J’ai pu parler avec lui quand j’ai donné le coup d’envoi d’un match avec le Racing pour la fête des mineurs.
J’ai vu qu’entre temps, ils ont fait une entrée sur le terrain avec l’apparence d’une mine. Ils avaient peint ça en noir avec des pavés noirs avec des gaillettes comme ils appellent ça. Et ça, c’est un des seuls clubs qui reste encore comme ça. Avec un président, propriétaire. Tandis que maintenant, c’est des fonds de pensions, c’est des Qataris, ça devient infernal.
Mais les gens aiment bien parce qu’ils viennent aux matchs. Il y a du spectacle maintenant. Éteindre les lumières, faire des feux d’artifice, c’est magique, c’est fabuleux. C’est un autre football, quoi. C’est autre chose. Ça n’a plus rien à voir. Moi, à l’époque, quand j’étais blessé, j’allais tout seul à l’hôpital pour me soigner. On avait juste un kiné pour nous masser, et puis c’était tout. Maintenant, il y a l’entraîneur, il y a l’adjoint, il y a le docteur, il y a le kiné, il y a celui qui dit ce qu’il faut manger, ce qu’il ne faut pas manger. C’est l’évolution, ça va très loin, tout est pensé, ils ont un micro pour voir comme ils s’entraînent. Ils ont un micro pour voir comme ils jouent. Tout est fait pour la performance. C’est magnifique. Nous, à l’époque, on n’avait pas ces trucs-là. On était loin de ça… Mais c’était bien. C’était l’amour du club, l’amour du maillot. On mouillait le maillot, on était contents, on était heureux.
Et vous vous reconnaissez quand même encore dans le Racing actuel, il y a des valeurs qui vous parlent ?
C’est les valeurs du Racing. C’est des valeurs de la volonté, le courage, la force, et puis l’amitié. On sent qu’ils ont une équipe. Ça, c’est des valeurs de la mine, des valeurs du travail, du travail qui rapporte.
L’Equipe a récemment expliqué que l’entraîneur Pierre Sage a emmené son groupe visiter le centre historique minier de Lewarde et les bars emblématiques de Lens, Chez Muriel et la Loco. Vous approuvez ?
Ça, c’est bien, c’est une image, ça leur donne l’envie de gagner. Ils ont vu ce que c’était d’être mineur, parce qu’avant, la mine, c’était dégueulasse. Moi, je suis descendu une fois dans la mine, j’ai vu ce que c’était. Il y a un ingénieur qui m’a emmené pour me faire visiter une fois. Quand j’ai vu ça, je me suis dit “où je suis là ? Qu’est-ce que c’est ?” C’est un autre monde, c’est autre chose.
C’est cette force qu’ils ont et qu’ils essayent de garder. J’espère qu’ils vont la garder pour très longtemps. Parce que c’est cette force qui fait que le Racing existe toujours. Et ça, c’est grâce à ses supporters qui sont toujours là. Ils te font une ambiance magnifique, quand ils chantent Les Corons, j’en pleure à chaque fois, j’ai des frissons aux bras, tout le temps. Parce que ça me rappelle ma jeunesse, c’est mon père ça. C’est garder l’âme du Racing Club de Lens, l’âme des mines. Parce que c’est la mine qui a fait le Racing au départ. Après c’était Mr Delelis qui était député-maire de Lens et qui a fait le Racing Club de Lens après les mines. Mais ils gardent cette âme des mines, des mineurs, des joueurs qui se donnent à fond.
Et est-ce que vous avez un chouchou dans l’effectif actuel ?
Maintenant si vous voulez ils sont formés par 4, par 2, par 3, par 1. Il n’y a plus personne qui vient des mines. Je ne sais même pas s’il y a un joueur qui est né ici. Donc c’est fini ça. Ça n’existe plus. Donc après comment voulez-vous vous reconnaître ? Se reconnaître là-dedans c’est compliqué. Si. C’est l’image de Lens. On se reconnaît dans la façon dont ils jouent. Vous avez cette volonté, ce courage.
Mais après le reste, bon, ils achètent, ils repartent. Je me rappelle Seko Fofana. Vous vous rappelez de Fofana ? “C’est le club de mon cœur, je ne quitterai jamais, etc”. Putain, il est parti en Arabie Saoudite, le premier truc qu’il fait après, c’est qu’il signe à Rennes. Il parle plus de Lens, c’est fini.
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Il a quand même conservé quelques parts comme actionnaire dans le club…
Oui, mais enfin il est parti , Mbappé aussi il a des parts, c’est à Caen lui. Ils achètent tous des clubs comme ça. C’est pour du fric ça. “C’est le club de mon cœur, etc”: ce n’est pas l’esprit. Enfin, c’est ce que je pense. C’est normal parce que c’est le football qui évolue dans ce sens-là.
Et ça va être de pire en pire. Ils vont exploser parce que l’argent qu’ils donnent ce n’est plus possible. Je vois qu’ils ont des problèmes financiers. C’est sûr que ça devient de plus en plus difficile. Parce que les clubs sont achetés par des fonds de pension, par des milliardaires. Ça n’a plus rien à voir avec la mine (rires). Mon père qui pouvait pédaler pour aller voir les matchs. Un sur une selle, un sur l’autre. Ça n’a rien à voir… C’est l’évolution mais c’est normal, c’est bien. C’est bien parce que le spectacle est quand même beau. Maintenant, ils mangent dans des salons au Racing, c’est magnifique.
À Lille, c’est pareil. Mais Lille et Lens, c’est toujours le derby. Parce que nous, les Lensois, on considérait Lille comme des bourgeois, comme Reims. C’est toujours ça. Mais c’est bien. C’était la guerre quand on jouait les derbies, c’était la bagarre. C’était vraiment le match qu’il fallait gagner.
Il y avait sûrement des gestes, des tacles qu’on ne voit plus maintenant…
Ah… ! Avant, il y avait des bandits. C’était des assassins. Maintenant, il y a la télé, donc, ils ne peuvent plus le faire. Mais avant, dans chaque équipe, il y avait deux bandits. Il y avait deux assassins derrière. Oh la vache, moi j’ai joué contre des mecs, c’était des fous furieux. Ils vous taclaient à la gorge. C’était plus dangereux avant que maintenant. Maintenant, ils ne peuvent plus le faire. Maintenant, c’est un peu plus physique parce qu’ils sont prêts. Ils sont secs comme des coups de trique, j’ai pu le constater de près quand j’ai été invité pour donner le coup d’envoi d’un match.
Mais avant, je peux dire qu’ils faisaient des tacles à la gorge. Il fallait être vif, il fallait savoir sauter, sauter à la corde. Il n’y avait pas de ralenti. Vous ne passiez pas en boucle ce qu’ils faisaient, on ne le voyait pas. Puis on n’avait pas de remplaçant à l’époque. Quand j’ai commencé, c’était 11 joueurs. Le remplaçant, le douzième, il portait la valise, la valise avec tous les maillots dedans.
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D’ailleurs, c’est une blessure qui vous a contraint à arrêter votre carrière ?
À Reims, j’étais mal soigné. Quand je suis arrivé, j’avais fait la mini-Coupe du monde comme j’étais transféré de Sochaux à Reims. On est parti avec l’équipe de France à la fin de la saison pour faire la mini-Coupe du monde au Brésil. Donc, je ne me suis pas arrêté de jouer pour préparer la saison. Je suis revenu, je me suis entraîné une semaine avec le stade de Reims. Et là, je me suis blessé au genou. Comme j’avais signé un contrat qui était assez conséquent, ils ont voulu absolument que je reprenne très vite.
J’étais soigné avec des piqûres, avec des trucs comme ça. Des fois, je rentrais sur le terrain, ils me disaient “tu n’as pas mal, c’est dans la tête, je vais te faire une piqûre, tu vas voir, ça ira mieux.” Je suis rentré, j’ai joué 5-10 minutes et j’étais blessé. J’étais mal soigné. J’ai eu du mal à revenir ensuite. Encore que, j’étais international quand j’étais au Stade de Reims la 3e ou 4e année, mais c’était plus difficile, c’était différent. Ils m’ont mal soigné.
Ça me rappelle un peu le Paris Saint-Germain de cette saison. Ils n’ont pas eu d’arrêt après leur Coupe du monde en Amérique. Ils sont revenus pour jouer et il y a plein de casse et plein de blessés au PSG. Il faut arrêter à un moment et se préparer correctement. Il faut se reposer, s’arrêter puis penser à autre chose et revenir après tranquillement et se préparer comme il faut parce que la saison, c’est long et c’est difficile.
” A l’époque, mon latéral s’arrêtait au milieu du terrain et restait les bras croisés, quand on voit Hakimi maintenant !”
Oui, c’est l’enchaînement des saisons qui n’est pas bon. Les joueurs sont mieux préparés mais en contrepartie les cadences augmentent de plus en plus…
Maintenant, ce sont des pros, ils gagnent de l’argent mais il faut qu’ils le fassent voir. C’est des artistes, c’est ça maintenant. C’est devenu comme ça. Comme il y a beaucoup d’argent, une équipe, quand ils jouent, ils sont 26. Il y en a 11 qui jouent et 11 qui sont assis et qui peuvent rentrer. C’est un spectacle qui est différent mais c’est un spectacle qui est bien.
Il y a de bons joueurs mais les meilleurs, c’est quand même les techniciens, quand vous les voyez, vous rêvez. Et ça, ça va rester. Ce ne sont pas toujours les grands costauds qui sont les meilleurs. C’est toujours les petits, les Maradona, les Pelé, les Kopa, des mecs comme ça. C’était des petits. C’est toujours autour d’1m70. Messi, c’est 1m69. C’est qu’ils savent manier le ballon. Les gens raffolent de ça. Et ça devient de plus en plus difficile.
Maintenant, il faut défendre, attaquer. Je me rappelle quand je jouais au Racing Club de Lens avec Bernard Placzek, c’était un arrière latéral. Donc lui, il prenait le ballon, il taclait son joueur, il ramenait le ballon au milieu du terrain, il me le donnait. Puis il restait au milieu du terrain, les bras croisés. Il ne courait plus. Il avait fait son boulot, il avait arrêté l’attaquant (rires). Et il donnait le ballon à son ailier. Et puis l’ailier jouait.
Maintenant, le défenseur, quand on voit Hakimi, il faut qu’il dribble, il centre et, après, il revient pour tacler. C’est des trucs de fou, il faut être prêt physiquement. Il faut avoir du coffre. Mais c’est vrai qu’il manque beaucoup de techniciens. Quand vous voyez des Dembélé qui se blessent. Les gens raffolent de ce genre de joueurs. Des Yamal à Barcelone. Des mecs qui vous font le cirque. C’est magique. C’est fabuleux. Et ça, il en manque. Mais ça va être de plus en plus difficile. Mais ça, on l’a ou on ne l’a pas.
Et vous justement, vous l’aviez ! Votre frère Bernard vous qualifie de “petit Messi”. Maryan Wisniewski disait que vous aviez “un Figo dans chaque jambe”. La presse locale vous a appelé “Le Platini ou le Zidane des années 1960”…
Moi je partais du milieu de terrain, j’en ai déroulé 5-6 des fois et je marquais le but. C’est un peu ce jeu-là, un jeu très technique. J’aimais bien, moi le ballon il me collait au pied, il n’était pas à 2 mètres hein. Je le sentais. Je le savais. Je le voyais. Mais ça, on l’a ou on l’a pas. Le physique, ça se travaille, ça se prépare, on se soigne, on mange comme il faut, on fait tout ce qu’il faut. Par contre, le ballon dans les pieds, tu l’as ou tu ne l’as pas.
Après, il en faut aussi des défenseurs. Mais ce qui marque, ce sont les gens qui dribblent, qui font des petits ponts. Mais qui vont vers l’avant. Parce qu’il y en a qui font des petits ponts et qui sont contents avec ça. Ce qui est important, c’est ceux qui vont de l’avant. Le ballon, il faut qu’il soit toujours devant. Pas derrière, il ne faut pas jouer en arrière. Il faut jouer en avant. Et ça, c’est très difficile à faire. Quand vous avez des défenseurs qui sont bien préparés, il faut être vraiment supérieur à eux techniquement pour pouvoir passer. Parce que physiquement, tout le monde est prêt. Donc après, la technique fait la différence.
Maintenant, les spectateurs sont gâtés parce qu’ils ont un spectacle. C’est vrai que ça coûte plus cher. Mais ce n’est pas possible que le football dure comme ça. Déjà, les droits télé, ils ont baissé. On ne pourra plus payer ce genre de joueurs. Parce que les gens qui rentrent maintenant, les Qataris, les mecs qui ont des fonds de pension, ils y vont pour gagner des sous. Donc, ils s’en foutent que les joueurs se claquent ou qu’ils se blessent, mais il faut qu’ils rendent service.
C’est la nouveauté du football, c’est comme ça. Les maillots sont beaux, les spectateurs sont assis. Avant, il n’y avait rien. Moi, j’étais debout derrière les buts. Maintenant, ils sont assis, ils sont bien, ils sont cajolés. Maintenant, on voit les joueurs qui viennent les applaudir parce qu’ils en ont besoin. Ça me fait rire… Mais c’est bien. Tant mieux, parce que c’est vrai que c’est eux qui donnent. Le public, c’est le douzième homme à Lens. C’est magnifique.
C’est vrai que le Racing vient d’enchaîner son 74e match à guichets fermés, c’est incroyable.
C’est fabuleux. Surtout l’ambiance qu’il y a, les gens qui crient. C’est fantastique. C’est magique, c’est bien. Ça fait du bien dans la région, parce qu’avant, c’était des mines, il n’y avait rien. Encore que, maintenant, la région s’est améliorée.
“Les sélectionneurs nous ont réunis, en pleurs : ‘Raymond Kopa n’a pas voulu venir jouer avec nous'”
Parlez-nous un peu de votre carrière en équipe de France, qui a été un peu plus discontinue par moment.
Si vous voulez, j’ai commencé jeune. A 18 ans, j’étais international. J’ai connu beaucoup d’entraîneurs. J’ai dû en connaître 7 ou 8. C’était l’époque où l’équipe de France n’était pas exceptionnelle. On était bon une mi-temps, et derrière, on était cuit, parce que l’entraînement ne suivait pas.
Il y avait la Yougoslavie, il y avait les Allemands, ils nous marchaient dessus en deuxième mi-temps. On n’était pas préparé comme maintenant, maintenant on est vraiment pros. Puis, moi, ma carrière, comme étant jeune, et qu’après, je me suis blessé avec Reims, j’ai eu des hauts et des bas, il fallait le temps de la reprise, etc. Mais à chaque club que j’ai fait, j’étais international dans ce club.
Il y a aussi ce record de plus jeune buteur de l’équipe de France que vous avez détenu pendant 57 ans, avant d’être dépassé par Eduardo Camavinga en 2020.
À un moment, j’étais un des plus jeunes internationaux à l’époque. Bon, il y a Mbappé mais il y en a pas beaucoup qui ont commencé à 18 ans en équipe de France. À l’époque, il n’y avait que Maryan Wisniewski qui était plus jeune que moi. À l’époque, je tenais le record du plus jeune buteur de l’équipe de France contre la Suisse. J’avais 18 ans et quelques (18 ans et 5 mois, ndlr). En équipe de France, il n’y en a pas beaucoup qui ont marqué aussi jeune.
A l’époque, c’était encore plus rare de rentrer en équipe de France à cet âge-là. Maintenant, comme il n’y a plus beaucoup d’argent pour acheter, ils font des centres de formation pour former les joueurs. Il y aura beaucoup plus de jeunes parce qu’ils ne peuvent plus acheter à l’extérieur. Donc ils vont les former et les jeunes vont arriver très vite. On les voit à Paris d’ailleurs, j’ai vu le match contre Tottenham et les jeunes y sont. Même à Paris, malgré qu’ils ont de l’argent, ils forment les jeunes. La Gaillette, à Lens aussi, ils ont un bon centre de formation. C’est bien, c’est ce qu’il faut faire.
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Depuis qu’il a dépassé votre record, est-ce que vous suivez la carrière d’Eduardo Camavinga avec une affection particulière ?
Non, mais je regarde, j’aime bien Camavinga. Parce qu’à l’époque, c’était un des plus jeunes qui rentrait en équipe de France. Mais lui, il est rentré en cours de match. Moi, j’étais international début de match. Donc là, il n’y en a pas beaucoup qui sont comme ça.
D’ailleurs, je me rappelle ma première sélection, c’était un truc de fou. C’était Raymond Kopa qui devait jouer. C’était contre la Bulgarie, en quart de finale de la Coupe des Nations (équivalent des éliminatoires de l’Euro à l’époque, ndlr). Et Raymond Kopa, avant de venir en stage, avait fait un match international d’exhibition avec d’autres gloires.
On était à Chelles, dans un centre de préparation, quand il est arrivé, il a laissé tourner son taxi. Avant, il y avait le sélectionneur et l’entraîneur. Le sélectionneur, c’était Verriest et l’entraîneur c’était Guérin. Il était venu voir le sélectionneur. Et puis, il a dit qu’il ne jouerait pas si on ne lui donnait pas des excuses, un truc comme ça. Il s’était engueulé avec le sélectionneur. Le sélectionneur n’a jamais voulu lui donner ses excuses, je ne sais pas ce qu’il s’est passé. Enfin bref, il est reparti.
C’était quand même un quart de finale de la Coupe d’Europe des Nations. Donc, suite à son départ, ils nous ont réunis en pleurs, ils disaient : “ Raymond n’a pas voulu venir jouer avec nous. On a décidé de sélectionner Georges Lech qui est au fond de la salle.” Et puis, tout le monde s’est levé, m’a regardé et m’a applaudi. “Oh putain, c’est moi qui joue !” Et puis on a gagné 3-1, on s’est qualifiés. Premier match, j’ai encore le maillot. Magique.
A l’époque, la question ne se posait certainement pas trop, mais ça n’a jamais été une éventualité de représenter la Pologne ?
Non, je suis plus français que polonais. Mes parents sont venus de Pologne, ils sont nés en Pologne. Et c’était à l’époque où ils avaient besoin de mineurs. Ils avaient signé un contrat avec la France pour faire venir des mineurs. Et après, les Polonais ont dû repartir. Mais mes parents ont voulu rester, mon grand-père est resté. Donc je suis né en France et je n’ai pas connu la Pologne. Mais c’est vrai que, quand je vois jouer la Pologne, il y a quand même un pincement au cœur. Je la regarde toujours, parce que ça fait partie de mon sang, aussi.
Vous avez d’ailleurs affronté la Pologne plusieurs fois avec les Bleus.
Oui. J’en ai gagné, j’en ai perdu. Je me rappelle qu’en équipe de France, on était deux Polonais, à l’époque. C’était Georges Bereta de l’ASSE et moi. On savait chanter l’hymne polonais. Alors, avec Beretta, de temps en temps, on leur balançait l’hymne polonais dans le car de l’équipe de France avant de jouer ou après un match. Donc, vous voyez, on a quand même cette petite touche de polonais. Et Bereta était un peu plus polonais que moi.