Club le plus dépensier du dernier mercato (482 millions d’euros), Liverpool va terminer la saison sans le moindre titre suite à son élimination face au PSG mardi en quarts de finale de la Ligue des champions. Comment un tel fiasco a-t-il été possible ?

Loin des ambitions que laissait présager le mercato historique de Liverpool, les Reds n’ont plus qu’un objectif à jouer en cette fin de saison : assurer une qualification directe pour la prochaine Ligue des champions via la Premier League. À six journées de la fin, Liverpool occupe la cinquième place – la dernière qualificative – avec quatre points d’avance sur Chelsea et cinq sur Brentford et Everton.

La situation surprend. Les attentes étaient immenses après qu’Arne Slot a remporté le championnat d’Angleterre pratiquement sans recrue dès sa première saison comme successeur de la légende Jürgen Klopp.

L’été dernier, sept nouveaux joueurs ont été recrutés, dont certains parmi les meilleurs au monde à leur poste. Mais l’optimisme a rapidement laissé place à une trajectoire irrégulière, marquée par trois éliminations et 17 défaites en 51 matchs jusqu’à présent, ce qui appelle à une réflexion pour éviter un scénario similaire en 2026-2027.

Liverpool, malgré ses dépenses, a manqué de profondeur d’effectif

Le mercato de Liverpool a été, au mieux, “imprécis”. Après le départ de Darwin Nunez et le décès tragique de Diogo Jota, le club a recruté deux avant-centres pour environ 233 M€ afin de se disputer le même poste : Alexander Isak (recrue la plus chère de l’histoire des Reds et de la Premier League) et Hugo Ekitiké. Dans le même temps, personne n’est venu combler le vide laissé par Luis Diaz.

Florian Wirtz (deuxième transfert le plus cher de l’histoire du championnat), malgré la promesse d’évoluer en meneur de jeu axial, a dû être aligné par moments sur l’aile gauche.

Florian Wirtz Liverpool
Florian Wirtz déçu pendant un match de Liverpool. Crédits photo : IconSport

L’arrivée de ces joueurs offensifs a absorbé la quasi-totalité du budget, laissant peu de marge pour renforcer la défense, qui n’a vu arriver que Giovanni Leoni, jeune défenseur central rapidement victime d’une grave blessure au genou.

Marc Guéhi, alors à Crystal Palace, était la priorité. Les négociations ont échoué au dernier moment- et il a finalement rejoint Manchester City quelques mois plus tard. Les Reds se sont donc retrouvés avec Virgil van Dijk et Ibrahima Konaté comme seules options fiables en défense centrale.

La méforme du duo, en particulier de Konaté, a mis en évidence le manque d’alternatives crédibles. Le Français a accumulé les erreurs, tant dans la relance que dans le jeu aérien. Même Van Dijk a connu des passages difficiles.

Des recrues qui ne se sont pas imposées chez le champion d’Angleterre

Jeremie Frimpong a également été recruté pour la saison 2025-2026, avec une idée initiale discutable : malgré sa propension à jouer plus haut, il devait remplacer Trent Alexander-Arnold.

Un joueur de couloir, axé sur la vitesse et les duels, pouvait-il réellement succéder à un latéral droit capable d’évoluer comme un milieu de terrain avec ballon et de distribuer le jeu comme personne ? La saison a démontré que non.

Alexander-Arnold disposait déjà d’un remplaçant en la personne de Conor Bradley. Mais le jeune Nord-Irlandais, régulièrement freiné par des problèmes physiques, a subi deux blessures musculaires avant de devoir être opéré du genou gauche après une rupture des ligaments croisés.

Entre blessures et irrégularité, le poste de latéral droit a poussé Slot à improviser. Dominik Szoboszlai, meilleur joueur de l’équipe cette saison, ou encore Curtis Jones, tous deux milieux de terrain, ont été utilisés dans ce rôle, sans toutefois reproduire l’aisance d’Alexander-Arnold.

Jeremie Frimpong Liverpool
Jeremie Frimpong, déçu, sort sur blessure avec Liverpool. Crédit photo : IconSport

L’arrivée de Milos Kerkez pour préparer la succession d’Andrew Robertson – qui a déjà annoncé son départ en fin de saison – a également connu des hauts et des bas. Le Hongrois, comme la plupart des recrues, n’a pas maintenu le niveau qui avait justifié son transfert.

Les attaquants ont eux aussi souffert de l’adaptation. Isak, en conflit avec Newcastle pour obtenir son départ, est arrivé sans préparation estivale et sans rythme, ce qui s’est ressenti tout au long de la saison.

Wirtz, utilisé tantôt en numéro 10, tantôt sur un côté, a peiné face à l’intensité du football anglais. Le joueur brillant du Bayer Leverkusen n’est apparu que par intermittence à Anfield. Parmi les recrues, seul Ekitiké s’est rapidement imposé, en marquant et en s’adaptant au championnat, avant de connaître un récent passage à vide.

La direction des Reds, sous la responsabilité de Michael Edwards et Richard Hughes, semble avoir sous-estimé le temps nécessaire pour intégrer de nombreux nouveaux joueurs dans un effectif déjà structuré.

La compatibilité entre Wirtz, Ekitiké, Isak et Mohamed Salah aurait dû être mieux anticipée. De même, le possible déséquilibre du milieu de terrain, avec Alexis Mac Allister, Ryan Gravenberch et Szoboszlai, méritait une analyse plus approfondie, notamment sur l’impact du pressing sans ballon.

Par ailleurs, lorsque Slot a tenté de reconduire la structure de la saison 2024-2025, sans Luis Diaz, l’équipe n’a plus affiché la même efficacité. Un autre facteur clé du fiasco 2025-2026 apparaît ici : le coach.

Arne Slot devrait être le premier changement à envisager, mais…

L’entraîneur néerlandais semble avoir accumulé les erreurs cette saison.

Ses déclarations publiques ont parfois été mal perçues : critiques du style de jeu adverse, remarques sur la fidélité des supporters, et changements tactiques fréquents, dont une défense à cinq inédite pour tenter de contenir le PSG champion d’Europe. Sans succès.

Ces choix ont affecté les performances individuelles. Outre Konaté, Mac Allister ou Van Dijk, même Mohamed Salah a connu une baisse de niveau notable, une première depuis son arrivée à Anfield. Le Pharaon a d’ailleurs prévu d’anticiper la fin de son contrat et de quitter le club cet été.

Bien sûr, des facteurs individuels ont aussi joué, qu’ils soient physiques ou liés à l’impact psychologique du décès de Jota. Mais sur le terrain, l’équipe a manqué de cohérence tactique et n’a réellement brillé qu’à une seule occasion : une victoire 4-0 contre Galatasaray en 8es de finale retour de la Ligue des champions.

Arne Slot, entraîneur Liverpool
L’entraîneur Arne Slot dépité pendant un match de Liverpool. Crédit photo : Icon Sport

Ces éléments plaident en faveur d’un départ de Slot, même si le club est réputé pour sa stabilité, avec seulement 21 entraîneurs en 133 ans d’histoire. Le Néerlandais a semblé s’appuyer sur l’héritage de Klopp lors de sa première saison, sans parvenir à imposer sa propre identité par la suite.

Cependant, Slot semblait bénéficier du soutien de la direction de Fenway Sports Group, propriétaire du club, après la défaite en quart de finale aller de Ligue des champions. Selon le Telegraph, il devrait rester en poste la saison prochaine – un choix qui pourrait être contesté, notamment en raison de la disponibilité d’un entraîneur comme Xabi Alonso. Les supporters de Liverpool ont d’ailleurs scandé son nom à plusieurs reprises, tandis que Slot a été sifflé lors de certaines périodes de crise.

Le service médical, confronté à des blessures de longue durée (Isak, Leoni, Wataru Endo, Bradley) et d’autres plus légères (Alisson, Mac Allister, Frimpong), devra également faire l’objet d’une analyse approfondie. Les problèmes physiques ont lourdement pesé sur la saison.

Avec des ajustements sur le mercato, l’avenir de Liverpool reste prometteur

Liverpool n’abordera pas la prochaine saison en ruines. La priorité sur le marché sera de trouver un successeur à la hauteur de Salah ainsi qu’une alternative fiable à Kerkez, avec le départ de Robertson. Ensuite, des renforts seront nécessaires sur l’aile gauche et surtout en défense centrale.

Malgré ses déséquilibres, l’effectif reste l’un des plus talentueux d’Angleterre. Une préparation complète devrait permettre à Wirtz, Isak et Frimpong d’être pleinement compétitifs dans une Premier League de plus en plus tournée vers un jeu direct. Il faudra en revanche se passer longtemps d’Ekitiké, qui souffre d’une rupture du tendon d’Achille qui devrait l’éloigner des terrains jusqu’en 2027.

La capacité de la direction à corriger sur le mercato les lacunes identifiées sera déterminante pour que les Reds abordent la saison 2026-2027 en tant que prétendants aux titres. Une qualification en Ligue des champions, au vu des investissements réalisés, reste un objectif vital.

Pour sécuriser sa place dans le top 5, Liverpool doit encore affronter Everton, Crystal Palace, Manchester United, Chelsea, Aston Villa et Brentford d’ici la fin de la saison de Premier League.