Xabi Alonso n’a pas encore dirigé un seul match officiel avec Chelsea, mais l’enthousiasme qui a entouré son arrivée commence déjà à laisser place à une certaine inquiétude sur le mercato.

L’Espagnol prend les rênes de l’un des plus grands clubs d’Angleterre avec le soutien du public et la promesse de réorganiser une institution qui, ces dernières années, a accumulé des investissements colossaux sans jamais réussir à construire un projet sportif cohérent. Le problème, c’est que les premières semaines de cette « ère Xabi Alonso » envoient beaucoup plus de signaux d’incertitude que de reconstruction solide.

Le coach effectuera ses débuts officiels début août lors de la tournée de pré-saison en Asie. Le premier match de Premier League aura lieu le 24 août contre Fulham au Craven Cottage. D’ici là, Chelsea semble encore loin d’offrir à son nouveau manager un effectif plus équilibré que celui qui a terminé la saison passée.

L’arrivée d’Alonso représentait plus qu’un simple changement sur le banc. L’ex-technicien du Bayer Leverkusen et du Real Madrid est arrivé avec le titre de manager, une fonction qui étend son influence bien au-delà du terrain. En théorie, il participerait activement aux décisions sportives, recrutements, départs, orientation du projet. Pour des supporters de plus en plus frustrés par la gestion de BlueCo, c’était précisément l’espoir : quelqu’un capable de mettre de l’ordre dans un projet qui semble souvent agir sans cap.

Jusqu’ici, la réalité est très loin de ce scénario.

Un mercato qui crée plus de problèmes qu’il n’en résout

Le mouvement le plus difficile à expliquer est la vente de Marc Cucurella. Le latéral gauche espagnol sortait d’une saison extrêmement solide et abordait la Coupe du monde en pleine possession de ses moyens. Chelsea a néanmoins choisi de le vendre au Real Madrid dès les premiers jours du tournoi pour 65 millions d’euros, une somme inférieure à ce que le club avait déboursé pour le recruter à Brighton en 2022.

La décision s’est révélée encore plus discutable au fil de la compétition. Cucurella a été l’un des acteurs majeurs de moments importants et a retrouvé son statut de l’un des meilleurs latéraux gauches du monde. Il est difficile de ne pas penser que, si Chelsea avait attendu quelques semaines, le club aurait pu négocier son transfert dans de bien meilleures conditions…

Et le problème ne s’arrête pas à son départ. À ce jour, les Blues n’ont toujours pas trouvé de remplaçant. La cible principale est Pep Chavarría, du Rayo Vallecano. Chelsea pensait pouvoir boucler l’affaire pour environ 18 M€, mais le club espagnol impose ses conditions et exige le paiement intégral de la clause libératoire, qui dépasse les 47 M€. Les discussions se sont refroidies, et le poste reste non pourvu. Même si la négociation avançait, il s’agirait d’un pari. Chavarría vient d’effectuer une bonne saison en Espagne, mais arrive à 28 ans sans expérience dans un club d’élite européenne. Difficile d’imaginer qu’il comblerait immédiatement le vide laissé par Cucurella.

L’autre mouvement qui a surpris est la vente d’Andrey Santos à Manchester United pour 59 M€. Le Brésilien n’avait certes jamais pleinement convaincu comme titulaire indiscutable, mais le céder à un concurrent direct de Premier League interpelle, d’autant que le club n’a annoncé aucun remplaçant au poste.

Plus que perdre des joueurs, Chelsea semble réduire ses alternatives dans un effectif qui présentait déjà des lacunes à plusieurs positions.

L’effectif de Xabi Alonso reste entouré d’inconnues

Si les départs soulèvent des questions, la situation des joueurs qui restent n’est guère plus rassurante. L’exemple le plus frappant est celui d’Enzo Fernández.

L’Argentin disputera ce dimanche sa deuxième finale de Coupe du monde consécutive avant de revenir discuter de son avenir à Chelsea. Ces derniers jours, le Real Madrid a publié un communiqué affirmant qu’il ne négocie pas, et n’envisage pas de négocier, son transfert. Cela ne clôt pas pour autant le dossier.

Les déclarations faites par Enzo en fin de saison dernière témoignaient d’une certaine lassitude. Son discours a été interprété par beaucoup comme un signe d’insatisfaction. La question est désormais de savoir comment se passera son retour après le Mondial. Alonso a affirmé qu’il comptait sur Enzo Fernandez. Malgré les turbulences, le numéro 8 demeure l’une des références techniques de l’effectif et un leader au sein du groupe. Mais la seule nécessité de discuter de son avenir illustre à elle seule l’instabilité ambiante.

Les doutes ne s’arrêtent pas là. Selon la presse britannique, Trevoh Chalobah négocie avec Côme, et Chelsea ne s’y oppose pas si le prix est atteint, sans qu’aucun remplaçant ne soit identifié. Le nom de Maxence Lacroix (Crystal Palace) a circulé, mais aucune négociation concrète n’est en cours. Axel Disasi rentre de prêt sans garantie de maintien. Nicolas Jackson aussi. Liam Delap n’a pas convaincu la saison passée. Marc Guiu cherche encore sa place.

Beaucoup de questions, peu de réponses, pour un effectif qui avait déjà besoin d’ajustements importants.

Alonso aura bien plus de travail qu’il n’imaginait

À ce jour, le seul recrutement officiel de Chelsea pour la saison 2026/27 est le latéral de 21 ans Marco Pellestra, recruté à l’Atalanta pour 65 M€. Un seul nom face à une liste de problèmes qui ne cesse de s’allonger avant le coup d’envoi de la Premier League. Il reste du temps, naturellement. La fenêtre des transferts est ouverte, les négociations peuvent s’accélérer et le tableau peut être totalement différent lorsque la saison débutera officiellement.

Mais ce qui inquiète n’est pas seulement la lenteur. L’impression laissée par ces premières semaines est que Chelsea continue de réagir aux événements plutôt que de piloter son propre projet. Le club vend avant d’assurer les remplacements, négocie des actifs importants sans maximiser leur valeur marchande et accumule les incertitudes à des postes clés.

C’est précisément ce type de désorganisation que l’arrivée d’Alonso promettait de combattre. Aussi, bien qu’il soit trop tôt pour porter le moindre jugement sur son travail, il est impossible d’ignorer que son point de départ est très loin de l’idéal. Plutôt que de trouver une base solide sur laquelle mettre en œuvre ses idées, le nouveau manager hérite d’un groupe rempli de doutes, d’un mercato sans direction claire et de supporters qui regardent à nouveau leur direction avec méfiance.