Rétro Coupe du monde : Scandale en Corée du Sud (2002)

La Coupe du monde de 2002 est inoubliable pour de nombreuses raisons. Avant toute chose, ce fut l’année du retour triomphal de Ronaldo qui venait de manquer deux années à la suite d'une horrible blessure. Ce fut également l’année du cinquième sacre de la Seleção du Brésil, renforçant son statut d’équipe la plus titrée de l’histoire de la compétition.

Pour leur part, les supporters anglais se souviennent du moment où David Seaman fut lobé sur un coup franc de Ronaldinho frappé à une distance et sous un angle totalement improbable.

Enfin, cette année-là, la Coupe du monde fut organisée pour la première fois sur le continent asiatique, en Corée du Sud et au Japon. Auparavant, la plus prestigieuse des compétitions ne s’était tenue qu’en Europe ou en Amérique du Sud.

Non pas un, mais deux pays hôtes

La Coupe du monde de 2002 a également marqué l’histoire par une seconde nouveauté puisqu’il s’agissait de la première édition à être organisée conjointement par deux nations. Sur les 24 stades utilisés, 12 se trouvaient au Japon et les 12 autres en Corée du Sud.

Une pression inévitable pesait sur les épaules des joueurs japonais et coréens naturellement très attendus pour ce sommet international de football qui allait se tenir chez eux. Malgré ce que beaucoup d’observateurs prédirent, les deux sélections asiatiques supportèrent très bien cette pression et jouèrent brillamment, surtout au début de la compétition.

Les Guerriers Taeguk ont débuté ce Mondial par un premier succès sur clean sheet à l’issue d’une confrontation avec la Pologne, grâce à deux réalisations signées Yoo Sang-chul et Hwang Sun-hong, deux joueurs de championnats asiatiques pratiquement inconnus du grand public.

À vrai dire, le 11 de la Corée du Sud était en grande partie composé de joueurs méconnus du reste du monde. Dans cette équipe, seuls deux joueurs, dont le fameux milieu de terrain des Red Devils Park Ji-sung, évoluaient en dehors d'Asie. L'équipe était également dirigée par le célèbre manager néerlandais Guus Hiddink lui offrant un vrai leadership pour prospérer dans cette compétition.

Après leur victoire (2-0) contre les Aigles Blanc polonais, les Sud-Coréens firent match nul contre les États-Unis (1-1), avant de créer la surprise en battant le Portugal (1-0) grâce à leur pépite de Premier League. Park marqua à cette occasion l’un des plus beaux buts de la compétition en amortissant la balle de la poitrine sur un centre dans la surface de réparation, avant de la couper soigneusement du pied droit vers l’intérieur pour la frapper du gauche en éliminant tour à tour Sérgio Conceição et Vítor Baía. Avec un total de sept points, les Sud-Coréens invaincus étaient qualifiés pour les huitièmes de finale en tête de leur poule.

Pour les Japonais, l’histoire fut similaire. Eux aussi ont montré qu'ils ne seraient pas des adversaires faciles à jouer sur leurs terres. Sous les ordres du Français Philippe Troussier, qui à peine 12 mois plus tôt avait amené le Japon en finale de la Coupe des Confédérations de la FIFA, les Samouraïs Bleus évoluaient dans une configuration similaire à celle de leurs co-organisateurs, en ce sens qu'ils manquaient de joueurs évoluant dans les grandes ligues européennes.

Pour ce Mondial, la sélection japonaise comprenait principalement des joueurs évoluant en Asie, avec seulement deux qui s'étaient déjà aventurés en Europe. D'autres franchiraient ce cap plus tard après le tournoi.

Dans un premier temps, le Japon rencontra la Belgique, pour gagner un point au terme d’une prestation pour le moins frustrante. En effet grâce à un but de Junichi Inamoto, qui jouera plus tard pour plusieurs écuries européennes comme West Brom, Galatasaray et Francfort, les Japonais étaient parvenus à prendre l’avantage jusqu’au dernier quart d’heure de jeu durant lequel ils se firent rejoindre. Toujours est-il qu’avec ce premier point, la déception du Japon était loin de signifier son élimination.

En fin de compte, ce match nul constitua une base solide qui permit aux Samouraïs Bleus de progresser confortablement en battant la Russie à l’issue de la seconde journée, de nouveau grâce à Inamoto, auteur du seul et unique but de cette rencontre. Lors de la troisième journée enfin, ils signèrent une victoire (2-0) relativement aisée contre la Tunisie, qui leur permit d’achever ce premier tour en tête de leur groupe.

Quelques adversaires sur le chemin de la gloire

Du côté du Japon, l’espoir se dissipa très vite pour laisser place au désespoir après l’élimination en huitièmes de finale des hommes de Troussier face à la Turquie (0-1).

Pour leur part, les Sud-Coréens poursuivirent l’aventure en battant l'Italie (triple championne du monde à cette époque), puis les Espagnols en quart de finale. Au terme de ce remarquable parcours, les hommes de Hiddink ​​disputèrent les premières demi-finales de leur histoire face à une équipe allemande crainte de tous. L’épopée coréenne prit fin suite à ce match très étriqué, au cours duquel la Mannschaft prit l’avantage grâce à l’unique réalisation de Michael Ballack à la 75e minute.

En atteignant le dernier carré et en décrochant son billet pour la petite finale potentiellement synonyme de troisième place, les joueurs sud-coréens gagnèrent la fierté de tout un peuple ainsi que le soutien des Japonais unis symboliquement pour la victoire du continent asiatique face aux Turcs.

En battant l'Italie et l’Espagne, les Sud-Coréens entrèrent dans l'histoire en devenant le premier pays asiatique à atteindre les demi-finales d’une Coupe du monde. Cette prouesse était d’autant plus remarquable, qu’elle fut l’œuvre d’une sélection néophyte qui ne bénéficiait pas de toute l’expérience des grandes nations européennes et sud-américaines.

Sur le chemin qui les conduisit jusqu’au dernier carré pourtant, les Guerriers de Taeguk ne furent pas épargnés par la polémique. La victoire de la Corée du Sud en huitième de finale avait en effet provoqué la colère des Italiens, indignés par certaines décisions arbitrales prises pendant le match.

Un match aux décisions douteuses

Dès le début du match, les Tigres d'Asie tentèrent d'aller de l'avant et leurs attaques ont causé de gros problèmes aux Italiens. À cet égard, quelques hommes de la Squadra ne purent échapper à une première série de sanctions. Suite à quelques bousculades dans la surface de réparation, l'arbitre Byron Moreno accorda très vite un penalty aux Coréens. Pour beaucoup, cette décision n’était pas suffisamment motivée. N'oubliez pas que c'était en 2002 et qu’à cette époque, les bousculades et les tirages de maillots dans la surface faisaient rarement l’objet d’une sanction.

En tout état de cause, ce fut une occasion en or pour la Corée du Sud et Ahn Jung-Hwan fut l’homme désigné pour tirer ce penalty. L'attaquant s'avança devant les cages du grand Gianluigi Buffon et ce dernier parvint à plonger sur sa droite pour repousser le tir.

La Squadra Azzurra stabilisa ensuite le navire pour prendre les devants et ouvrir le score grâce à une réalisation signée Christian Vieri après 18 minutes de jeu, mais les choses se sont très rapidement détériorées pour les hommes de Giovanni Trapattoni.

Les guerriers coréens se battirent sans relâche pour revenir au score et allèrent au combat sur toute la surface du terrain en profitant du sifflet timide de Byron Moreno qui ne fonctionna pas pour sanctionner un certain nombre de fautes pourtant jugées flagrantes.

Les fautes ont continué de s’intensifier sans que l'arbitre ne daigne mettre la main à la poche. Après un tacle particulièrement rugueux sur Gianluca Zambrotta en seconde période, l'Italie fut même contrainte d’opérer un changement contre ses plans.

Le temps étant compté et la plupart des décisions semblant aller à leur encontre, les Italiens se retrouvèrent à défendre à l’entrée de leur surface de réparation, lorsqu'un centre mal dégagé retomba aux pieds de Seol ki-Hyun pour inscrire le but de l’égalisation.

Sur un score de parité à la fin du temps réglementaire, les deux équipes poursuivirent la rencontre en prolongations. La règle du but en or s'appliquait et promettait 30 minutes supplémentaires extrêmement tendues, en particulier pour les Italiens qui ont continué d’être tourmentés par les décisions de Byron Moreno. Le légendaire Francesco Totti fut d’ailleurs victime d'une faute dans la surface de réparation sud-coréenne mais là encore, l’arbitre ne jugea pas nécessaire de la siffler. Au lieu de cela, il préféra sanctionner pour plongeon l’attaquant déjà averti, et le renvoya au vestiaire.

Après ce coup de massue, un hors-jeu très douteux fut sifflé contre les Italiens qui semblaient sûrs de marquer si le drapeau était resté baissé. Enfin, après 116 minutes de prolongation, le but en or arriva par la tête de l’homme qui semblait devoir marquer ce soir-là. Ahn Jung-Hwan, qui avait raté son penalty près de deux heures plus tôt, porta le coup de grâce à la Squadra Azzura pour passer du statut de vilain petit canard à celui de héros, au terme d’un match ubuesque.

D’ailleurs avant la Coupe du monde, l'attaquant avait été prêté à Perugia pour jouer en Serie A. Le lendemain du match, le contrat de prêt du Coréen fut résilié par le président du club Luciano Gaucci qui déclara « Je n’ai nullement l’intention de donner un salaire à un joueur qui a ruiné le football italien ». Rejeté de l'autre côté des Alpes, le sauveur des huitièmes de finale poursuivit sa carrière en France et en Allemagne sous les couleurs du FC Metz et du MSV Duisburg.

Que vous pensiez à une corruption flagrante ou plus simplement à une démonstration d’incompétence de la part de l’arbitre, une chose est sûre, c’est que les Italiens ont été durement touchés par ce dénouement. Pour leur part, les Sud-Coréens sont restés des héros au pays, et écrivirent indéniablement l’histoire en se qualifiant pour leur premier quart de finale de Coupe du monde.

Plus de controverses à venir

Suite à ce qui fut l'une des performances d'arbitrage les plus controversées de l’histoire du football mondial, un nombre incroyablement élevé de plaintes s'est abattu sur la FIFA.

Malheureusement pour les co-organisateurs de cette Coupe du monde, la controverse ne s'est pas arrêtée là puisqu’ils ont de nouveau été mêlés à un scandale lors du match contre l'Espagne en quart de finale.

Comme contre les Italiens, les Coréens jouèrent de manière très agressive face aux Espagnols. Bien que l'arbitre ait globalement fait un travail plus sérieux en sanctionnant la majorité des fautes, certaines décisions litigieuses ont été prises ce soir-là. À la grande stupeur des joueurs de la Roja, deux buts leur furent refusés et le score resta vierge pendant 120 minutes de jeu.

Les deux équipes durent se départager aux tirs au but et la tension à son paroxysme se lisait sur les visages crispés des deux sélections, jusqu’au coup de grâce porté par Hong Myung-Bo après le tir raté de Joaquin.

Suite à cette victoire comme suite à celle des huitièmes de finale, des accusations de match arrangé et de corruption furent lancés. En particulier, par les médias espagnols qui poursuivirent les responsables en déclarant sans équivoque qu'ils avaient permis aux Sud-Coréens de gagner. Sur le chemin du retour, le défenseur espagnol Iván Helguera qualifia ce match de “vol“.

La Coupe du monde 2002 aura eu le mérite de faire découvrir au monde entier les délices du football asiatique. Les deux pays hôtes auront fait preuve d’une hargne spectaculaire pour honorer l’évènement, mais cette édition restera à jamais entachée du souvenir d'un arbitrage étrange, en particulier à Daejeon, lieu maudit pour la Squadra Azzurra.

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