Ses souvenirs de joueur, sa vision de la Seleçao… Cafu s’est livré
Légende du football brésilien et joueur le plus capé de l’histoire de la sélection carioca, l’ancien latéral droit Cafu a raccroché les crampons en 2008 après 18 saisons remplies de succès. Considéré à l’époque comme le meilleur du monde à son poste, le brésilien revient pour TopMercato, sur sa carrière, sur l’évolution du poste de latéral droit sans oublier de parler de l’actualité de ses anciennes équipes et de la sélection du Brésil. Entretien Exclusif.

Cafu, vous avez arrêté votre carrière au niveau professionnel en 2008. Que faites-vous aujourd’hui ?
Je profite un peu de ma retraite mais je m’implique aussi à plusieurs niveaux par le biais de ma fondation. Je ne suis plus en permanence dans un avion pour me déplacer d’une ville à une autre et je prends un peu plus le temps de vivre une vie normale. J’ai mis en place cette fondation pour aider les plus jeunes au niveau de l’éducation et du sport. On essaye de donner un coup de main aux personnes qui sont dans le besoin et je pense que c’est normal que je fasse cela. J’ai eu la chance de faire un métier qui m’a permis de voyager partout dans le monde et de vivre une expérience unique. Je veux essayer d’aider d’autres personnes à réaliser leur rêve. C’est pour cela que j’ai monté une fondation caritative.
Le monde du ballon rond, les matches, et les mises au vert vous manquent-elles ?
Le fait d’être dans un groupe et de partager des moments uniques avec mes coéquipiers me manquent, mais pas les mises au vert ! (rires). J’ai vécu une très longue carrière et c’est certain que la transition vers la retraite n’a pas été facile. Mais bon, il faut savoir accepter le fait que cela s’arrête et qu’il faut passer à autre chose quand le corps ne peut plus faire les mêmes efforts qu’auparavant. Je ne vais pas me plaindre, j’ai joué 18 saisons au meilleur niveau et j’ai gagné beaucoup de titres. Je ne pouvais pas rêver d’une meilleure carrière. Maintenant, je passe beaucoup plus de temps avec ma famille. C’est aussi une très bonne chose.
Suivez-vous encore de près l’actualité du football ?
Oui, bien sûr. Je reste un spectateur attentif de ce qui se passe dans le monde du football. Je suis de très près les championnats dans lesquels j’ai évolué et je regarde très souvent les matches de mes anciennes équipes. Je ne pourrais jamais décrocher et couper complètement du monde du football, j’aime trop le ballon rond pour ne pas regarder de matches à la télévision.
Que pensez-vous de l’AS Roma et de son équipe actuelle, pour qui vous avez joué durant six saisons ?
Je suis vraiment content de voir que la Roma revient dans la course au titre de champion depuis deux saisons maintenant. L’équipe a vécu une période difficile avant l’arrivée de Rudi Garcia mais aujourd’hui, nous sommes sûrement la formation qui pratique le meilleur football de Serie A. Garcia montre qu’il est l’un des meilleurs entraineurs d’Europe. Il a su imposer sa patte sur l’équipe.
L’équipe gagne des matches, propose un jeu spectaculaire et je pense que l’on peut lutter pour le titre. Je suis vraiment content aussi de voir que mon ami Francesco Totti est encore performant. C’est un grand champion et ce serait bien pour lui de remporter un Scudetto avant la fin de son exceptionnelle carrière.
Le Milan AC a, quant à lui, de grosses difficultés depuis deux saisons maintenant…
Le club vit une phase de transition et c’est vrai que c’est difficile de voir que l’équipe n’est pas au mieux depuis plusieurs mois maintenant. C’est l’un des plus grands clubs de l’histoire et les supporters aimeraient voir le Milan AC lutter pour des titres et pratiquer un beau football. Malgré cette période difficile, je reste confiant car je pense que le Milan AC va revenir au meilleur niveau européen très rapidement. Je crois en Filippo Inzaghi et en ses capacités à ramener l’équipe aux sommets. Il y a quelques joueurs très intéressants, comme Jeremy Menez, Keisuke Honda et Alex par exemple, et je pense que le club travaille pour faire venir de belles recrues l’été prochain.
” Les latéraux changent “
Les défenseurs latéraux de grand talent se font de plus en plus rares…
Oui, c’est vrai. Il y a de moins en moins de latéral droit ” à l’ancienne ” qui courent tout le temps et qui prennent le couloir comme des ailiers. Le poste change, les latéraux changent. Aujourd’hui, on demande un peu plus au joueur de défendre et d’aider leurs défenseurs centraux sur les coups de pieds arrêtées alors que c’était moins le cas avant. Regardez par exemple l’Allemagne. La Mannschaft gagne la coupe du monde avec des défenseurs centraux adaptés aux postes de latéraux. Le football change.
Quels sont, selon vous, les meilleurs arrières latéraux droits du moment ?
Je pense qu’il y en a deux qui me plaisent plus que les autres. J’aime beaucoup Dani Alves et Pablo Zabaleta. Dani est un superbe joueur, une vraie mobylette qui n’arrête pas de courir et qui sait tout faire sur son côté. Il est l’un des piliers du Barça depuis quelques années et je pense que beaucoup d’équipes vont se battre pour essayer de le récupérer en fin de saison car il devrait quitter le club catalan. Quant à Zabaleta, j’aime beaucoup sa grinta. Il est très solide et ne lâche jamais rien. C’est aussi un leader hors pair et un joueur très régulier dans ses performances.
Avec, entre autres, Deux coupes du monde, une ligue des champions, plusieurs titres de champions d’Italie, et deux Copa Libertadores, vous possédez l’un des plus grands palmarès du football mondial…
Il m’arrive de temps en temps de repenser à ma carrière et me dire que j’ai vraiment eu beaucoup de chances durant mes années passées sur le terrain vert. J’ai pu jouer pour beaucoup de superbes équipes et gagner plusieurs titres importants. Je n’ai quasiment aucun regret et je peux me dire que j’ai donné le meilleur de moi-même durant mes 18 saisons au niveau professionnel. Certains joueurs n’ont même pas gagné un dixième de mes titres, je ne vais pas quand même me plaindre ! (Rires). J’ai quand même un petit regret mais bon…
Quel est ce regret ?
La défaite lors de la finale de la coupe du monde 98 en France. Nous avions disputé un superbe parcours lors de ce mondial et on a complètement raté notre finale. La France a fait un superbe match et Zidane a éclaboussé ce match de sa classe. Mais on aurait vraiment aimé gagner ce match et faire le doublé après notre succès lors de la coupe du monde 94 aux Etats-Unis. Je n’oublierais jamais les scènes de tristesse dans le vestiaire après le match. J’aime beaucoup la France et Paris, mais je n’oublierai jamais ce match. Le Stade de France n’est pas mon stade préféré, loin de là ! (Rires).
Quel regard portez-vous sur l’équipe actuelle du Brésil ?
Le groupe est en train de reprendre confiance après la claque reçue lors de la dernière coupe du monde. Ce n’est pas facile de vivre une déroute pareille en demi finale mais l’équipe possède toujours des joueurs de talents. Il faut se projeter vers l’avenir, continuer à travailler dur et penser aux prochaines compétitions. Perdre un mondial à la maison est dur à encaisser, mais ce n’est pas la fin du monde. Il y a beaucoup de supers joueurs et je suis sûr que la Seleção va redevenir l’une des sélections dominantes du football mondial très bientôt.