La saison n’est pas encore officiellement terminée, mais au Real Madrid, l’heure est déjà à la reconstruction. Sans le moindre trophée remporté en 2025-26, le club merengue vit l’une de ses crises sportives et institutionnelles les plus turbulentes des dernières années. Dans ce contexte, le nom de José Mourinho a pris de l’épaisseur à Valdebebas.

Selon Sky Sports, le Portugais est très proche d’être nommé officiellement. Il aurait trouvé un accord pour s’engager jusqu’en 2028, et la confirmation devrait intervenir après l’élection présidentielle de Florentino Pérez, samedi.

Le retour de Mourinho va représenter une tentative de redonner au Real Madrid des caractéristiques qui se sont érodées au fil de la transition générationnelle connue ces dernières années : résistance émotionnelle, organisation tactique, leadership fort et sens de la hiérarchie. Le défi est loin d’être simple. Le Portugais trouvera un club profondément divisé en interne, un effectif sans repères clairs ni leaders, un dispositif défensif vulnérable et une direction sous pression pour réussir son prochain mercato après des investissements récents peu convaincants.

Mission 1 : dompter un vestiaire en ébullition

La première mission de José Mourinho, qui continue d’attirer les géants malgré son déclin, sera de reprendre le contrôle d’un vestiaire qui a accumulé tout au long de la saison les frictions, les fuites et les incidents publics. L’atmosphère au Bernabeu est devenue explosive, et le problème ne se limite pas aux mauvais résultats.

Ces derniers mois, les conflits internes se sont multipliés. L’épisode le plus grave a opposé Federico Valverde et Aurélien Tchouaméni, qui en sont venus aux mains à l’entraînement, contraignant le club à intervenir en urgence et à infliger des sanctions financières aux deux joueurs. Des tensions ont également éclaté entre Antonio Rüdiger et Alvaro Carreras, tandis que la relation entre Dani Ceballos et Alvaro Arbeloa a été définitivement rompue.

Kylian Mbappé lui-même n’a pas été épargné. Recruté pour incarner le visage de la nouvelle génération galactique, l’attaquant français a essuyé des critiques en interne comme en externe en raison d’attitudes jugées inadaptées en pleine crise sportive.

C’est précisément dans ce type d’environnement que Mourinho a toujours su s’imposer. Dans ses périodes les plus réussies, le Portugais a exercé un contrôle absolu sur le groupe, instaurant une culture de l’affrontement vers l’extérieur et de l’exigence en interne. La différence, cette fois, est qu’il trouvera un effectif moins réceptif à la discipline stricte qui a marqué sa carrière. Plus qu’imposer son autorité, le véritable défi sera de reconstruire des relations abîmées et de convaincre des stars habituées aux fulgurances individuelles que le collectif doit redevenir la priorité.

Mission 2 : trouver un nouveau leader

Pendant plus d’une décennie, le Real Madrid s’est appuyé sur des figures fortes qui donnaient une vraie identité à l’équipe. Des joueurs comme Sergio Ramos, Luka Modric et Toni Kroos exerçaient un leadership naturel sur et en dehors du terrain. Au fil des années, tous ont quitté le club. Cet été, le départ de Dani Carvajal laissera l’équipe sans aucun membre de l’effectif qui avait participé aux quatre sacres décrochés en Ligue des champions en cinq ans.

La génération actuelle n’a pas encore su endosser ce rôle. Vinicius Junior est décisif techniquement, mais continue de souffrir de faiblesses émotionnelles et d’une relation instable avec une partie du public du Bernabeu. Valverde, qui semblait prêt à prendre le relais, a vu son image ternie par les récents épisodes d’indiscipline et pourrait partir cet été. Courtois apporte de l’expérience, mais des doutes subsistent en raison de la préférence historique de Mourinho pour nommer comme capitaine des joueurs de champ.

La situation est d’autant plus délicate que la transition générationnelle est pratiquement achevée au club. Les cadres sont partis, et les nouveaux venus n’ont pas encore démontré leur capacité à porter émotionnellement le groupe dans les moments de pression. Dans de nombreux matches importants cette saison, le Real Madrid a semblé une équipe sans voix, sans commandement, incapable de réagir collectivement quand les choses tournaient mal. Mourinho devra rapidement identifier qui peut assumer cette fonction.

Mission 3 : reconstruire une défense vulnérable

S’il existe une marque de fabrique de Mourinho, dont le retour ne fait pas l’unanimité, c’est bien l’organisation défensive. Et il est difficile d’imaginer un secteur plus en demande de reconstruction que la défense actuelle du Real Madrid. Tout au long de la saison, les Merengues se sont montrés extrêmement incohérents sans le ballon. Désorganisation structurelle, difficultés à se replacer, espaces laissés entre les lignes, vulnérabilité flagrante dans les phases de transition défensive : les symptômes ont été nombreux.

Les blessures ont joué un rôle important. Les pépins physiques d’Éder Militão, Rüdiger et Ferland Mendy ont déstabilisé la défense à plusieurs reprises. Trent Alexander-Arnold, recruté pour élever le niveau technique de l’équipe, a lui aussi exposé des lacunes défensives déjà connues depuis son passage à Liverpool.

Trent Alexander-Arnold, Real Madrid
Trent Alexander-Arnold exaspéré lors d’un match du Real Madrid. Crédits photo : Icon Sport

Ces absences n’expliquent pas tout. Le Real Madrid a souffert d’un manque flagrant de coordination collective, le pressing sans ballon a rarement fonctionné de manière synchronisée. À de nombreux moments, l’équipe semblait compter uniquement sur le talent individuel pour survivre.

C’est précisément là que Mourinho peut avoir un impact immédiat. Le Portugais a bâti sa carrière en construisant des équipes compactes, agressives défensivement et extrêmement disciplinées sans ballon. Ses meilleures équipes n’enchantaient pas forcément sur le plan offensif, mais transmettaient presque toujours une solidité défensive.

Mission 4 : réussir son mercato

La quatrième mission sera tout aussi déterminante : faire les bons choix sur le marché des transferts. Le Real Madrid a massivement investi en 2025, mais le rendement est resté en deçà des attentes. La dernière fenêtre des transferts, considérée comme la plus active financièrement depuis des années, a généré beaucoup de doutes.

Aucune des recrues majeures n’a su offrir un impact immédiat et constant. Carreras a perdu en rendement au fil de la saison, Dean Huijsen a alterné bonnes séquences et prestations peu rassurantes, tandis que Franco Mastantuono semble encore loin de pouvoir porter le poids compétitif exigé par le club et pourrait partir cet été. Alexander-Arnold, de son côté, a souffert physiquement et continué d’exposer ses fragilités défensives dans les matches à haute intensité.

Mourinho a toujours été un entraîneur profondément impliqué dans la construction de l’effectif. Dans ses périodes les plus victorieuses, les recrues répondaient à un profil très précis : des joueurs compétitifs, solides mentalement, capables d’assumer la pression. Le problème est que le dernier mercato du Real Madrid semble avoir privilégié le potentiel et la projection sur le long terme au détriment de la maturité et de la compétitivité immédiate.

Le Portugais devra rééquilibrer cette équation. Le club continue de miser sur de jeunes promesses, mais la saison écoulée a laissé le sentiment qu’il manque à l’effectif des joueurs prêts à prendre leurs responsabilités dans les moments de crise.