Rétro Coupe du monde : Chilavert, le gardien buteur de l’Albirroja (1998)

Après 72 minutes passées sous un soleil de plomb au Stade de la Mosson de Montpellier, le score était resté vierge entre la Bulgarie et le Paraguay qui disputaient la première journée des phases de groupes de la Coupe du monde 1998.  La foule qui s'était franchement ennuyée jusque-là, allait pourtant très vite être réveillée par les évènements.

Le Paraguay avait obtenu un coup franc à une bonne trentaine de mètres du but de Zdravko Zdravkov qui aperçut alors son homologue adverse sortir de ses cages pour demander à le tirer.

Si pour José Luis Chilavert, cette initiative n’avait rien d’étrangère, elle était tout de même sur le point de faire de lui le premier gardien de but à tirer un coup franc direct en phase finale d’une Coupe du monde.

Dans sa course inclinée, le portier paraguayen frappa la balle de son pied gauche légendaire pour l’enrouler à la perfection et viser la lucarne des cages bulgares. Son effort semblait parfaitement destiné à couper le dessous de la barre transversale pour ricocher dans les filets de Zdravkov avant que ce dernier ne s’élève pour la repousser de la main gauche.

Cette sublime frappe lointaine de Chilavert avait été précédée de centaines d'autres au cours de sa carrière. « El Buldog » comme on le surnommait, avait ainsi marqué plus de 60 fois en club et en sélection avant de rendre les gants en 2004.

Homme de principe et de talent, le portier paraguayen laissa une trace indélébile dans l'histoire du foot avant de mettre un terme à sa carrière.

L'étoffe d'un franc-tireur

José Luis Chilavert n'a pas toujours été un spécialiste hors pair des coups de pieds arrêtés. D’abord autorisé à jouer les coups francs au début de sa carrière sous les couleurs du Sportivo Luqueño, le gardien de l’Albirroja n’a réellement commencé à trouver son rythme et à affiner ses compétences qu’après son transfert en Europe vers le club espagnol du Real Saragosse.

En 122 apparitions avec San Lorenzo avant de rejoindre la Liga, Chilavert ne marqua aucun but. Il travailla davantage en Espagne, où il pratiqua régulièrement une centaine de tirs par séance d'entraînement pour améliorer sa précision.

Au cours d’une saison pleine de rebondissement en 1989, Chilavert décrocha également sa première sélection pour l’équipe nationale du Paraguay. Avec beaucoup de patience, le portier prometteur réussit à marquer son premier but en sélection en transformant un penalty lors d’un match de qualification pour la Coupe du monde contre la Colombie. Malgré les hordes de policiers et d'officiels qui investirent le terrain pour protester contre cette décision, le jeune gardien garda tout son sang-froid et saisit l’occasion pour ouvrir son compteur international.

De retour en club, le gardien semblait encore faire polémique. Dans une interview consacrée à son passage en Liga, Chilavert déclara que les supporters avaient pour habitude de “paniquer” quand il dribblait avec le ballon et lui criaient souvent de regagner ses cages. Toujours est-il que la qualité du Paraguayen sur coup de pied arrêté ne passa pas inaperçue puisqu’il fut autorisé à tirer un penalty face à la Real Sociedad.

Après avoir transformé cette première occasion sans la moindre difficulté, Chilavert sembla toutefois perdre en concentration et le club basque égalisa immédiatement après la remise en jeu. Les excentricités du Paraguayen ne faisaient clairement pas l’unanimité et, peu de temps après son arrivée en Espagne, il fut revendu au club Velez Sarsfield en Argentine, où il fut accueilli à bras ouverts.

Chilavert s'impose sur coup franc

À Velez Sarsfield dans le quartier de Liniers à Buenos Aires, Carlos Bianchi, à la tête de l’équipe, semblait parfaitement prêt à laisser José Chilavert s’exprimer.

Épanoui et satisfait de la liberté qui lui était accordée au club, le Paraguayen faisait régulièrement la une des journaux argentins et internationaux grâce à son talent sur coups de pieds arrêtés en sus de ses capacités et de son incroyable habileté à stopper les tirs.

Chilavert put ainsi développer son talent et l’utiliser à l’occasion des plus grands rendez-vous en inscrivant notamment son premier but pour Velez contre Estudiantes. En assurant l’égalisation ce jour-là, le Paraguayen permettait à son équipe de décrocher le titre de Clausura. Au final, le gardien buteur remporta quatre titres nationaux et cinq titres internationaux au cours de sa décennie. Parmi ses 48 buts enregistrés, de nombreuses frappes décisives furent répertoriées.

Lors d'un match en 1996 contre River Plate – l'année où il fut nommé footballeur de l'année en Argentine – Chilavert s’exclama “écartez-vous, je vais marquer !“, avant de frapper un coup franc de sa propre moitié de terrain pour trouver les filets du club rival.

Au cours de la saison 1997/98, Chilavert marqua dix buts en 35 matches de championnat pour Velez et la même année, l'IFFHS lui remettait l'un de ses trois prix de meilleur gardien du monde (1995, 1997 et 1998).

Plus tard, il deviendra le premier gardien de but au monde à inscrire un triplé au cours d'une match avec Ferro Carril Oeste.

Le statut légendaire de Chilavert en Amérique du Sud semblait alors s’amplifier à chaque représentation et sa réputation de joueur spectaculaire le suivrait bien évidemment sur la scène internationale.

Les destins croisés de Chilavert et du Paraguay

Après sa première sélection en 1989, Chilavert vivait en quelque sorte une histoire de « je t’aime moi non plus » avec l’équipe nationale du Paraguay. Entre cette année-là et 1992, il ne fut appelé qu’à 7 occasions pour représenter son pays. Moins de 12 mois plus tard pourtant, il deviendra le gardien numéro 1 de l’Albirroja et il marquera son deuxième but pour le Paraguay face au Pérou en août 1993, toujours sur penalty.

Au terme de la campagne de qualification de la CONMEBOL pour la Coupe du monde 1998 en France, Chilavert comptabilisait déjà 20 sélections et parvint à doubler son total de buts inscrits avec un premier coup franc contre l'Argentine en 1996, et un penalty contre le même adversaire un an plus tard.

Le Paraguay termina deuxième de son groupe derrière les Argentins et devant les sélections pourtant plus attrayantes de la Colombie et du Chili. Cette place permit à l’Albirroja de se qualifier pour la Coupe du monde, 12 ans après sa dernière apparition au Mondial de 1986.

Sous la direction de l'entraîneur brésilien Paulo César Carpegiani, les Paraguayens formaient une équipe passionnante à regarder mais très inexpérimentée en Coupe du monde. Parmi les 22 joueurs en lice, une bonne moitié ne comptabilisait pas plus de dix sélections.

Sur la voie de la qualification en Amérique du Sud, ce sont 14 joueurs différents qui combinèrent pour marquer un total de 21 buts sous les couleurs du Paraguay. Avec Roberto Acuña, Miguel Ángel Benítez et César Ramírez comme uniques joueurs évoluant en club européen, l’inexpérimentée Albirroja bénéficiait tout de même d’une forte cohésion qui lui servirait d’atout en France.

Coupe du monde 1998 : Chilavert entre dans l'histoire

À 32 ans et à l’apogée de son art, José Luis Chilavert endossa le brassard de capitaine de sa sélection pour disputer la Coupe du monde de 1998. Le 12 juin, il fit sa première apparition au Stade de la Mosson pour affronter la Bulgarie lors de la première journée du groupe D et allait déjà inscrire son nom dans l'histoire.

Interrogé sur la pression qu’il ressentait en tant que capitaine avant le match, Chilavert rétorqua en souriant : « Pression ? Ce n'est qu'un match de football. Quand vous ne savez pas comment nourrir vos enfants, ça c'est de la pression ».

Chilavert semblait certain et détendu lorsqu'il failli concrétiser en devenant le tout premier gardien à jouer un coup franc direct en Coupe du monde. Avec le recul, l’arrêt du gardien bulgare Zdravko Zdravkov pour neutraliser l'incroyable effort du Paraguayen sembla presque être une tragédie.

Lors de la deuxième journée à Saint-Etienne, ses attributs de gardien de but plus traditionnel furent testés par une équipe espagnole brandissant des cadors comme, entre autres, Luis Enrique, Raúl ou encore Fernando Morientes. Celui que l’on surnommait le « Bulldog » ne céda pas et exécuta une série d’arrêts reflexes spectaculaires pour garder le score vierge.

Le joueur de 32 ans eut même l’occasion de tirer un coup franc à distance en première mi-temps, mais il dut rapidement s’incliner par sécurité quand sa frappe rencontra le mur espagnol.

Le Paraguay acheva cette seconde journée sur un score nul et l’homogénéité du Groupe D contraignait Carpegiani et ses hommes à éviter un troisième match nul pour se qualifier. Les Sud-Américains réalisèrent alors l'une de leurs meilleures performances en Coupe du monde pour battre le Nigeria (3-1) à Toulouse le 24 juin.

Chilavert s’inclina pour la première fois en France sur une frappe de Wilson Oruma mais ses acrobaties durant tout le reste de la rencontre fournirent une base solide au succès de son équipe. Aux dépens de l’Espagne et de la Bulgarie, l’Albirroja valida enfin son billet pour les huitièmes de finale aux côtés des Africains.

Coupe du monde 1998 : élimination et conséquences

Quatre jours après leur succès face au Nigéria, les Paraguayens se rendirent à Lens pour disputer les huitièmes de finale contre la France, pays hôte et favori de la compétition. Malgré la supériorité des Bleus et le soutien de quelques 30 000 personnes présentes au stade Félix-Bollaert ce soir-là, il fut extrêmement difficile d’abattre les outsiders.

La défense acharnée et les tacles appuyés de l'Albirroja, combinés à l'héroïsme de Chilavert, conduisit le choc des huitièmes de finale jusqu’en prolongation et il fallut attendre la 114e minute pour voir le défenseur Laurent Blanc débloquer la situation.

Au bout du compte, le Paraguay n’échoua qu’à quelques minutes d’une séance de tirs au but qui lui aurait certainement donné un avantage considérable, en particulier avec la présence de l’incroyable Chilavert dans sa cage.

L’exploit de l’Albirroja en France fut tout de même chaudement salué et les performances de Chilavert lui valurent une sélection bien méritée pour le tournoi “All Star” comprenant 16 des meilleurs joueurs de la Coupe du monde 1998.

Par la suite, Chilavert jura de devenir le premier gardien de but à marquer lors d'une Coupe du monde. Le colosse n'eut malheureusement pas la chance de tenir sa promesse puisque le Mondial de 1998 fut son dernier.

Sa carrière en club le conduisit en Europe pour un bref séjour de deux ans au Racing Club de Strasbourg juste après le nouveau millénaire, puis il revint en Amérique du Sud où il vécut une saison fantastique avec le Club Atlético Peñarol en Uruguay.

Pour boucler la boucle, le vétéran acheva sa carrière sous les couleurs de son club bien-aimé, le Velez Sarsfield, pour lequel il joua jusqu’en 2004.

Un an auparavant, José Chilavert jouait son dernier match avec l’Albirroja. Au moment de revêtir pour la dernière fois le maillot du Paraguay, il comptabilisait huit buts en 74 sélections, ce qui fait de lui le gardien de but international le plus décisif de tous les temps. À ce jour, encore aucun gardien n’a réussi à faire mieux !

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