Coupe du monde 2022 : ces ouvriers morts sur les chantiers au Qatar… Le bilan humain du Mondial

Entre les conditions d’attribution de la compétition, l’impact environnemental des stades climatisés ou encore le régime autoritaire du Qatar, les polémiques ne manquent pas autour de la Coupe du monde 2022. Mais un sujet est encore plus sensible que les autres : le bilan humain de la compétition. De nombreux ouvriers ont en effet perdu la vie pour construire les infrastructures de la compétition.

stade qatari coupe du monde

Qui sont ces ouvriers ?

Parmi les 3 millions d’habitants du Qatar, environ 85-90% de la population est composée de travailleurs étrangers. Les citoyens qataris occupent des postes à responsabilités et ils ont l’habitude de recourir depuis des décennies à des travailleurs étrangers pour occuper les emplois plus pénibles, comme celui d’ouvriers sur les chantiers. Des dizaines de milliers de travailleurs en provenance d’Afrique et d’Asie (notamment du Bangladesh, d’Inde et du Népal) ont ainsi été embauchés en masse pour construire les stades et les infrastructures de la compétition. Certaines estimations évoquent le nombre de 35 000 ouvriers étrangers présents au Qatar au plus fort des travaux.

Combien de morts sur les chantiers ?

Comme souvent pour tout décompte, même les plus macabres, différentes versions s’opposent… Officiellement, les organisateurs ne reconnaissent que trois ouvriers morts sur les chantiers consécutivement à un accident du travail : deux Népalais et un Britannique. Les Qataris reconnaissent également 37 autres décès sur les chantiers, mais ils ne sont selon eux pas consécutifs à un accident du travail. Il s’agirait de morts provoquées par des «maladies cardiovasculaires».

L’ONG Amnesty International déplore cette classification obscure et estimait dans son dernier rapport annuel que la catégorie « maladies cardiovasculaires » risque de « masquer un nombre élevé de décès qui sont, en réalité, inexpliqués ». Elle dénombre 2 800 morts de ce type au Qatar entre 2011 et 2020 parmi les travailleurs étrangers. L’Equipe expliquait récemment que l’épuisement et le surmenage imposés à ces ouvriers peuvent entrer dans cette catégorie et, même s’il ne s’agit pas d’accident du travail stricto sensu, il s’agit bel et bien de décès consécutifs à la présence de ces travailleurs sur les chantiers…

A l’autre extrémité, le journal britannique The Guardian a publié une enquête choc en février 2021 en avançant le chiffre dramatique de 6 500 ouvriers morts sur les chantiers du Mondial. L’Equipe estime toutefois que ce chiffre, basé sur des données collectées auprès de cinq pays asiatiques, est surévalué car il s’agirait d’une mortalité globale et qui ne concerne pas seulement les chantiers du Mondial. Le bilan humain de la compétition se situerait donc entre les 3 ou 40 morts reconnus par le Qatar, et les 6 500 décès déplorés par The Guardian. Une fourchette malheureusement trop large pour se faire une idée précise…

Des conditions de travail dramatiques

Une chose est sure : les travailleurs étrangers venus au Qatar doivent travailler et vivre dans des conditions indignes. A l’image du Complément d’Enquête diffusé le 13 octobre dernier sur France 2, des reportages ont mis en évidence que les migrants sont souvent entassés dans des logements insalubres. Ils dorment dans des lits superposés et dans la promiscuité la plus totale. La plupart sont soumis à des cadences infernales, avec parfois seulement deux jours de repos par mois pour certains selon des témoignages. Il est clair que ce rythme effréné peut résulter sur des décès pour surmenage…

Quelles mesures du Qatar ?

Face à la polémique grandissante, le pays-hôte du Mondial a pris plusieurs mesures, dont la mise en place d’un salaire minimum, mais la plupart sont intervenues tardivement, en 2020, lorsque le gros des chantiers avait déjà été achevé. Officiellement aboli, le système du kafala (ou sponsorhip) perdurerait dans les faits. Celui-ci rend les employeurs tout puissants et oblige les travailleurs à obtenir l’accord de leur patron pour changer d’emploi ou recevoir un visa de sortie pour quitter l’Emirat… D’autres travailleurs se retrouvent piégés d’une autre manière car contraints de rembourser le crédit qu’ils ont contracté pour payer les « frais de recrutement » leur garantissant une place d’ouvrier au Qatar…

Juste avant le Mondial, l’Emirat a également fait polémique en refusant de créer un fonds d'indemnisation pour les travailleurs étrangers tués ou blessés sur les chantiers de la compétition. Le pays-hôte se retranche derrière le fonds de soutien et d'assurance crée en 2018 pour les travailleurs étrangers ne percevant pas de salaire. «Chaque mort est une tragédie (mais) il n'y a pas de critères pour établir ce fonds d'indemnisation. Où sont les victimes ? Avez-vous les noms ? Comment pouvez-vous obtenir ces chiffres ? Si une personne ayant droit à une indemnisation ne l'a pas reçue, qu'elle se manifeste et nous l'aiderons», s’est borné à répondre le ministre du Travail, Ali bin Samikh al-Marri, dans un entretien accordé à l’AFP. Un dialogue de sourds…

Applications

Disponible sur Google Play
Télécharger dans l'App Store

Informations

Contact | Informations légales

Avertissement