L’AS Saint-Étienne a décidé de miser sur Ian Cathro pour succéder à Philippe Montanier sur son banc de touche. Méconnu en France, le technicien écossais sort de deux saisons à Estoril, au Portugal, où il a laissé son empreinte, comme Top Mercato a pu le constater.

À la reprise, le 1er juillet, il y aura un nouvel entraîneur à la tête de l’AS Saint-Étienne du côté de l’Étrat. Philippe Montanier parti après avoir raté la montée en Ligue 1 lors des barrages face à l’OGC Nice, c’est Ian Cathro qui a été choisi pour prendre en main la destinée des Verts la saison prochaine. L’Écossais de 39 ans s’est engagé pour deux saisons, jusqu’en juin 2028. Plutôt méconnu en France, le technicien a davantage la cote au Royaume-Uni et au Portugal, où il a officié auprès d’entraîneurs réputés en tant qu’adjoint (Nuno Espírito Santo, Rafael Benitez, Steve McClaren).

Depuis l’été 2024, il était l’entraîneur principal d’Estoril, où son travail a été salué par les observateurs. « Son bilan est positif, il a réussi à stabiliser Estoril après deux saisons pendant lesquelles le club a lutté jusqu’au bout pour se sauver. Ian Cathro a réussi à changer les mentalités, il a tout de suite dit qu’il ne voulait plus entendre parler de maintien, qu’il visait la première partie tableau. Il a fini 8e la première saison puis 10e la deuxième. Pendant son mandat, Estoril n’a jamais connu la zone rouge. Estoril jouait bien, pratiquait un bon football, salué par les observateurs, par les adversaires. Il a gagné le titre d’entraîneur du mois en janvier 2026. Il a joué un football positif. Il a toujours dit qu’il jouait pour gagner », a expliqué auprès de Top Mercato Miguel Amaro, journaliste suiveur du club,.

Adaptabilité tactique et jeu léché : comment jouent les équipes de Ian Cathro

Un avis partagé par Miguel Gouveia, qui suit l’actualité d’Estoril pour O Jogo« Quel que soit le système tactique utilisé, il essaie toujours de proposer un football positif. On a rarement vu son Estoril perdre du temps, comme peuvent le faire les équipes dites plus modestes au Portugal. Je soulignerai la manière avec laquelle il abordait chaque match pour les gagner », nous a-t-il confié, convaincu par son style de jeu et son adaptabilité tactique. « Il y a eu des 4-2-3-1, des 4-3-3, des 4-4-2 losange, mais aussi des 3-4-3 et 3-5-2. Ian Cathro a montré qu’il était un entraîneur qui cherchait à s’adapter à ses joueurs et à adopter une tactique qui tire le meilleur profit de leurs caractéristiques. »

Ian Cathro, entraîneur ASSE
L’entraîneur Ian Cathro donne ses consignes pendant un match. Crédits photo : ZUMA Press/ Alamy

Fidèle à ses principes et ses idées, le natif de Dundee a toujours privilégié le jeu, même contre les colosses du championnat que sont Benfica, Porto ou le Sporting CP, réussissant à potentialiser la plupart des joueurs mis à sa disposition et réussissant de sacrées performances. « Les trois hommes de devant n’avaient pas de position fixe, ils pouvaient alterner tout au long de la partie. Les latéraux étaient haut sur le terrain et les ailiers rentraient à l’intérieur, ce qui créait du surnombre dans le dernier tiers, ce qui n’était pas habituel pour une équipe comme Estoril. Résultat, Estoril a marqué 54 buts cette saison, la 5e meilleure attaque du championnat derrière les 4 grands. Estoril n’avait jamais fait aussi bien depuis 1951. Il a su tirer le maximum de Yanis Begraoui, qui a marqué 20 buts, ce qui n’arrivait pas à un joueur d’Estoril depuis 70 ans », nous a raconté Amaro.

Attaque de feu dans l’histoire, deux derniers mois à oublier : ce qu’Estoril retiendra de Ian Cathro

Avec une seule petite ombre au tableau. « Le maintien a été acquis assez tôt dans la saison et il y a eu une décompression. Il n’a pas réussi à les remobiliser pour terminer la saison en trombe. Ils ont perdu contre la lanterne rouge qui n’avait pas gagné le moindre match jusque-là, avec une prestation honteuse. Ils ont même perdu 5 matches de suite, comme s’ils étaient déjà en vacances. Mais ce n’est pas ce qu’il faut retenir de son travail qui, de manière générale, a été très positif. Le bilan est très positif », a ajouté Amaro. Sur le plan du jeu, Cathro a donc globalement séduit au Portugal. Et il n’y a pas que sur ce terrain-là qu’il a brillé.

« C’est sur le plan de la communication qu’Ian Cathro a montré qu’il était particulièrement différent des autres. Depuis le premier jour, il a toujours parlé un portugais parfait, qu’il a appris lors de son premier passage au Portugal, à Rio Ave, comme adjoint de Nuno Espírito Santo (ndlr, en 2012). Quand il est arrivé sur le banc d’Estoril, il semblait même être timide, mais au fil du temps et des bons résultats, il s’est peu à peu libéré, osant même quelques bons mots et lâchant des expressions que l’on n’entend habituellement pas en conférence de presse ici au Portugal », a souligné Gouveia avant de poursuivre.

Communication sincère et directe, ambitions affichées : le style Ian Cathro

« Il n’avait pas peur de dire certaines vérités qui dérangent, en critiquant le calendrier du championnat portugais, à un moment où Estoril avait vu un de ses matches reportés pendant une fenêtre internationale. Il a aussi critiqué le système de répartition des recettes du championnat, ne comprenant pas pourquoi le 11e touchait autant que le 8e ». Même son de cloche pour Amaro. « Il a été une bouffée d’air frais dans notre championnat. Il a toujours parlé ouvertement, sans tabous. Il critiquait ce qui devait l’être. Il parlait de ce qu’il aimait, de ce qu’il aimait moins, aussi bien à Estoril que dans le championnat. Les gens ont aimé son discours. Le fait qu’il parle aussi bien portugais a aidé. C’est rare de voir un Écossais parler aussi bien portugais. Cela a créé une vague de sympathie autour de lui. »

Ian Cathro, entraîneur ASSE
L’entraîneur Ian Cathro sur le banc d’Estoril. Crédits photo : Zuma / Icon Sport

Après avoir conquis le Portugal, le Britannique déborde d’ambition et préparait depuis quelques semaines déjà sa sortie. « Sur le dernier mois, il a plusieurs fois répété qu’il ne se voyait pas refaire une nouvelle saison dans ses conditions si Estoril n’avait pas l’intention de franchir un cap. Son effectif était très bon pour une équipe comme Estoril, mais il semblait en vouloir plus, laissant dans l’air l’idée qu’il pouvait partir. Les supporters ne sont pas tellement surpris de son départ », a souligné Amaro.

À l’ASSE, il sera servi en termes de défis.  « Je crois que c’est un bon choix pour Saint-Étienne. On avait parlé de lui pour des clubs plus huppés au Portugal. On le voyait parfaitement armé pour un club de dimension supérieure. Et la vérité, c’est qu’il part pour un géant, même s’il est en Ligue 2. Et je crois qu’il y aura des résultats, parce que les entraîneurs comme lui ont souvent des résultats là où ils vont. » Les supporters des Verts n’attendent que ça… et la L1.